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November 29
A l'encre de tes yeux
Puisqu' on ne vivra jamais tous les deux Puisqu' on est fous puisqu' on est seul Puisqu' ils sont si nombreux Même la morale parle pour eux J' aimerais quand même te dire Tout ce que j' ai pu écrire Je l' ai puisé à l' encre de tes yeux
Je n' avais pas vu que tu portais des chaînes A trop vouloir te regarder J' en oubliais les miennes On revait de Venise et de liberté J' aimerais quand même te dire Tout ce que j' ai pu écrire C'est ton sourire qui me l' a dicté
Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves Tu viendras toujours du côté Où le soleil se lève Et si malgré ça j' arrive à t' oublier J' aimerais quand même te dire Tout ce que j' ai pu écrire Aura longtemps le parfum des regrets
Puisqu' on ne vivra jamais tous les deux Puisqu' on est fous puisqu' on est seul Puisqu' ils sont si nombreux Même la morale parle pour eux J' aimerais quand même te dire Tout ce que j' ai pu écrire Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux
Francis Cabrel
November 20
Sanguine
La fermeture éclair a glissé sur tes reins Et tout l’orage heureux de ton corps amoureux Au beau milieu de l’ombre A éclaté soudain Et ta robe en tombant sur le parqué ciré N’a pas fait plus de bruit Qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis Mais sous nos pieds Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins Sanguine Joli fruit La pointe de ton sein A tracé une nouvelle ligne de chance Dans le creux de ma main Sanguine Joli fruit Soleil de nuit
Jacques Prévert
November 15

L´un part, l´autre reste
Ont-ils oublié leurs promesses Au moindre rire, au moindre geste Les grands amours n´ont plus d´adresse Quand l´un s´en va, l´autre reste N´est-il pêché que de jeunesse N´est-il passé que rien ne laisse Les grands amours sont en détresse Lorsque l´un part, et l´autre reste
Reste chez toi Vieillis sans moi Ne m´appelle plus Efface moi Déchire mes lettres Et reste là Demain peut-être Tu reviendras
Gestes d´amour et de tendresse Tels deux oiseaux en mal d´ivresse Les grands amours n´ont plus d´adresse Quand l´un s´en va et l´autre reste Sont-ils chagrins dès qu´ils vous blessent Au lendemain de maladresses Les grands amours sont en détresse Lorsque l´un part et l´autre reste
De tristes adieux Quelle illusion Si c´est un jeu Ce sera non! Rends moi mes lettres Et reste là Demain peut-être Tu comprendras
Ils n´oublieront pas leurs promesses Ils s´écriront aux mêmes adresses Les grands amours se reconnaissent Lorsque l´un part et l´autre reste.
Charlotte Gainsbourg
Paroles: Nathalie Rheims - Musique: Frédéric Botton
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November 05

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix, L'harmonie et le songe et la douleur profonde Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, Je partage leur vie intense en les touchant, C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles De noble, de très doux et de pareil au chant.
Car mes doigts ont connu la chair des poteries La chair lisse du marbre aux féminins contours Que la main qui les sait modeler a meurtries, Et celle de la perle et celle du velours.
Ils ont connu la vie intime des fourrures, Toison chaude et superbe où je plonge les mains ! Ils ont connu l'ardent secret des chevelures Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.
Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages. Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons, Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.
Ils ont connu la peau subtile de la femme, Et ses frissons cruels et ses parfums sournois... Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme Avec le frôlement prolongé de mes doigts...
Renée Vivien
November 01

Les enfants de novembre
Comme le vent mouvant, Venus Du Nord au Sud, Comme le vent mouvant, Venus De l'Est en Ouest, Franchissant les torrents, Les coteaux, Les rivières, Franchissant les espaces D'ombre et de lumière, Comme des milliers d'oiseaux Qui feraient transhumance, Comme des milliers d'oiseaux Sur un ciel d'Espérance, Regarde-les venir, Les enfants de lumière. Les voilà qui avancent En dansant leur colère. Ils sont venus pour Un, Tombé sous la violence. Ils sont venus vous dire D'aimer nos différences. Beaux, Unicolores, Multicolores, Ils sont venus nous dire De taire nos violences. Comme des milliers d'oiseaux, Au-delà des frontières Qui, aux bouts de leurs ailes, Porteraient la lumière, Comme le vent Du Nord au Sud, Comme le vent De l'Est en Ouest, Regarde-les venir, Les oiseaux magnifiques. Ils portent l'Espérance, Les enfants de lumière. Laissez-les passer, Laissez-les passer, Laissez-les passer, Laissez-les passer. Ils portent l'Espérance, Les enfants de novembre
Barbara
October 22
Dis quand reviendras-tu
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits, Voilà combien de temps que tu es reparti, Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage, Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage, Au printemps, tu verras, je serai de retour, Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour, Nous irons voir ensemble les jardins refleuris, Et déambulerons dans les rues de Paris,
Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus,
Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois, A voir Paris si beau dans cette fin d'automne, Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne, Je tangue, je chavire, et comme la rengaine, Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne, Ton image me hante, je te parle tout bas, Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,
Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus,
J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours, J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour, Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir, Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs, Je reprendrai la route, le monde m'émerveille, J'irai me réchauffer à un autre soleil, Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,
Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère...
Barbara
October 21

JE SUIS COMME JE SUIS
Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer.
Jacques Prévert
October 15
Ce sera comme un dernier voyage Un changement de paysage, ensemble Ce sera notre dernière odeur On se sent proche de cet amour qui meurt
Et sans éloigner nos visages Sans se détourner des images Ne pas rayer les souvenirs Ce sera comme un dernier désir ensemble
Inutile de s’aimer sans se voir Inutile d’avancer dans le noir C’est la fin de notre histoire
Ce sera comme s’aimer davantage Avoir le temps et une page en plus Ce sera plonger dans la rivière Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver
Et sans oublier qu’on se quitte Que notre amour a ses limites Ne pas se blesser le sourire Ce sera difficile à tenir, ensemble
Inutile de s’aimer sans se voir Inutile d’avancer dans le noir Impossible de donner sans recevoir Dans nos yeux les étoiles sont trop rares C’est la fin de notre histoire
Ce sera comme un dernier voyage Un changement de paysage, ensemble Ce sera notre dernier regard La fin de notre histoire
Maurane
Ce sera comme un dernier voyage Un changement de paysage, ensemble Ce sera notre dernière odeur On se sent proche de cet amour qui meurt
Et sans éloigner nos visages Sans se détourner des images Ne pas rayer les souvenirs Ce sera comme un dernier désir ensemble
Inutile de s’aimer sans se voir Inutile d’avancer dans le noir C’est la fin de notre histoire
Ce sera comme s’aimer davantage Avoir le temps et une page en plus Ce sera plonger dans la rivière Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver
Et sans oublier qu’on se quitte Que notre amour a ses limites Ne pas se blesser le sourire Ce sera difficile à tenir, ensemble
Inutile de s’aimer sans se voir Inutile d’avancer dans le noir Impossible de donner sans recevoir Dans nos yeux les étoiles sont trop rares C’est la fin de notre histoire
Ce sera comme un dernier voyage Un changement de paysage, ensemble Ce sera notre dernier regard La fin de notre histoire
Maurane
October 05

Octobre
Le vent fera craquer les branches La brume viendra dans ta robe blanche Y'aura des feuilles partout Couchées sur les cailloux Octobre tiendra sa revanche
Le soleil sortira à peine Nos corps se cacheront sous des bouts de laine Perdue dans tes foulards Tu croiseras le soir Octobre endormi aux fontaines
Il y aura certainement Sur les tables en fer blanc Quelques vases vides qui traînent Et des nuages pris aux antennes Je t'offrirai des fleurs Et des nappes en couleurs Pour ne pas qu'octobre nous prenne
On ira tout en haut des collines Regarder tout ce qu'octobre illumine Mes mains sur tes cheveux Des écharpes pour deux Devant le monde qui s'incline
Certainement appuyés sur des bancs Il y aura quelques hommes qui se souviennent Et des nuages pris sur les antennes Je t'offrirai des fleurs Et des nappes en couleurs Pour ne pas qu'octobre nous prenne
Et sans doute on verra apparaitre Quelques dessins sur la buée des fenêtres Vous, vous jouerez dehors Comme les enfants du nord Octobre restera peut-être
Vous, vous jouerez dehors Comme les enfants du nord Octobre restera peut-être
Francis Cabrel
. September 02

A peine je vous vois, que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l'image du trépas. Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connais pas. J'ai senti de l'estime et de la complaisance, De l'amitié, de la reconnaissance; De la compassion les chagrins innocents M'en ont fait sentir la puissance; Mais je n'ai point encor senti ce que je sens. Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme, Que je n'en conçois point d'alarme: Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer. Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même, Et je dirais que je vous aime, Seigneur, si je savais ce que c'est d'aimer, Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent, Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux, Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent. Héla ! plus ils sont dangereux, Plus je me plais à m'attacher sur eux. Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre, Vous dis-je plus que je ne dois, Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois? Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire: Vos sens comme les miens paraissent interdits. C'est à moi de m'en taire à vous de me le dire; Et cependant c'est moi qui vous le dis.
*
-CORNEILLE , Psyché , III, 3-
August 23

N’ENVOYEZ PLUS DE LETTRES…
N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille où l’automne abat et dépose entre vos mains. Je ne les recevrai jamais le lendemain, mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre. Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus, cependant je lirai comme si j’avais su les paroles que vous formulez dans votre âme tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme. Choisissez les couleurs suivant le ton des jours : que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd, et d’un vert bien profond si l’azur est trop pâle. Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été, et lorsque vient Novembre, afin de refléter ce qu’il ensevelie et ce qu’il remémore veuillez me cueillir une feuille au sycomore. (Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier, que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)
Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose par hasard le bonheur, pour me dire la chose envoyez simplement une feuille de rose.
Aliette Audra (1897-1962)
. August 19
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Seuls aussi avec l’horizon.
Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une, patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une. Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé… La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure. C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif. J’épouse la mer…
…J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.
Albert Camus, journal de bord, 1953
August 16
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Croire au soleil quand l’eau tombe
C'est là le malheur pas le mien Le malheur qui nous est commun Epouvantes des autres hommes Et qui donc t'eut donné la main Etant donné ce que nous sommes Pour peu pour peu que tu l'aies dit Cela qui ne peut prendre forme Tout au moins qui est sur le point Qu'écrase ton poing Et les gens Que voulez-vous dire Tu te sens comme tu te sens Bête en face des gens Qu'étais-je Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille Où donc même cela c'est trop Et je les garde entre les dents Ces mots de peur qu'ils signifient Ne me regardez pas dedans Qu'il fait beau cela vous suffit Même s'il pleut sur mon visage Croire au soleil quand tombe l'eau Les mots en moi meurent si fort Qui si fortement me meurtrissent Les mots que je ne forme pas Est-ce leur mort en moi qui mord Le malheur c'est de savoir de quoi Je ne parle pas à la fois Et de quoi cependant je parle C'est en nous qu'il faut nous taire
Louis Aragon, extrait du Fou d'Elsa.
July 07

Le désespoir besoin d'aimer
Au mal L'orage avorte la pluie pèle Et le soleil sonne le creux Soufflez gorets râlez corbeaux Jeunesse bave dans les caves Le froid noir s'installe aux lucarnes Faute de vivre l'on vivote Savoir fait l'aumône aux ignares La rouille a des racines d'or La belle chair est une ortie La lèvre gèle en un baiser On glisse dans la boue du cœur Les morts habitent des palais Qui que tu sois saisis une arme Et venge-toi de ce désastre Les miroirs ont proliféré Pour qu'on cesse un soir de s'y voir. Au bien Merveille c'est d'aimer encore Malgré ce mur illimité Comme un mineur qui songe au jour Le jour son cœur le fait monter Tu n'es pas là ton corps existe Et les étoiles de tes mains Disparues sont toujours présentes Vois le poète se transforme Je rêve j'ai toujours rêvé Au crépuscule en négatif Et la merveille aurait pu être De ne pas naître d'être absent Mais toi tu vaux d'avoir été Et d'être en dépit du néant Je sais tes seins je sais ton cœur Tes yeux qui s'ouvrent en mes yeux Malgré mon vieux rêve d'aveugle T'aimer chante assez haut la nuit Pour allumer un autre monde Que celui de ma propre vie T'aimer me rend à tous les hommes.
Paul Eluard
June 16

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Dans ma maison
Dans ma maison vous viendrez D'ailleurs ce n'est pas ma maison Je ne sais pas à qui elle est Je suis entré comme ça un jour Il n'y avait personne Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc Je suis resté longtemps dans cette maison Personne n'est venu Mais tous les jours et tous les jours Je vous ai attendu
Je ne faisais rien C'est-à-dire rien de sérieux Quelque fois le matin Je poussais des cris d'animaux Je gueulais comme un âne De toute mes forces Et cela me faisait plaisir Et puis je jouais avec mes pieds C'est très intelligent les pieds Ils vous emmènent très loin Quand vous voulez aller très loin Et puis quand vous ne voulez pas sortir Ils restent là ils vous tiennent compagnie Et quand il y a de la musique ils dansent On ne peut pas danser sans eux Il faut être bête comme l'homme l'est souvent Pour dire des choses aussi bêtes Que bête comme ses pied gai comme un pinson Le pinson n'est pas gai Il est seulement gai quand il est gai Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça Pinson pinson pinson pinson
Comme c'est curieux les noms Martin Hugo de son prénom Bonaparte Napoléon de son prénom Pourquoi comme ça et pas comme ça Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert L'empereur s'appelle Dromadaire Il a un cheval caisse et des tiroirs de course Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça
Dans ma maison tu viendras Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça Et quand tu seras entrée dans ma maison Tu enlèveras tous tes vêtements Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi Voilà Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.
Jacques Prévert
1900-1977)

June 04

Notre silence fera taire la tempête
Assagira le feuillage profond
J’ai dans les mains deux mains abandonnées
Ce bateau s’enfonçait à jamais dans brume
De loin en loin qui dit la haine
De proche en proche dit l’amour
Les yeux d’air vif souveraine innocente
Les seins légers elle riait de tout
Et la mer dispersa le sable de son trône.
Paul Eluard
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May 27
Le jardin
Des milliers et des milliers d'années Ne sauraient suffire Pour dire La petite seconde d'éternité Où tu m'as embrassé Où je t'ai embrassée Un matin dans la lumière de l'hiver Au parc Montsouris à Paris À Paris Sur la terre La terre qui est un astre.
Jacques Prévert
May 05

Le charme immense des petites filles, tendre et vénéneux, c’est qu’elles tirent de la nature leur vérité intime.
Leurs yeux voient, leur langue connaît le goût exact du sel et des groseilles, le moindre craquement de la maison les fait frémir.
Elles tutoient l’ombre, se font des traînes avec la leur.
Elles vivent le monde par leurs sens, quand les petits garçons le vivent déjà par la guerre.
(…)
Elles pressentent qu’il leur faudra très tôt rompre avec cette grâce incomparable de s’appartenir tout entières : très vite, le temps de trois gouttes de sang, la vie kidnappera leur corps, les prendra en otages.
Il leur faudra alors une force prodigieuse pour garder leur charme et résister aux complots chimiques que la vie ourdira contre elles : des complots d’hormones et des complots maternels, des traquenards de femmes et de cycles lunaires, et toute la garde des mères et belles-mères, les rayons de beaux magasins et les pages des faux contes de fées.
Contre la mort, on leur parlera de leur ventre, de princes et de poupées.
Mais il y a des petites filles qui se préfèrent enceintes de leurs rêves, et je me rappelle très bien combien je détestais les poupées.*
Hélène Grimaud
Leçons particulières
Hélène Grimaud, née à Aix-en-Provence le 7 novembre 1969, est une pianiste française
Pianiste de renommée internationale, Hélène Grimaud confie avoir abordé le piano précocement : 'Jouer m'a paru parfaitement naturel, un prolongement de mon être.' Une sensation qu'elle n'est pas seule à ressentir puisque très tôt, ses tentatives sont encouragées par les plus grands. A 13 ans, elle est reçue première à l'unanimité au conservatoire de Paris. Elève de Jacques Rouvier, elle enregistre son premier disque alors qu'elle n'a que quinze ans, et le dédie à Rachmaninov - pianiste célèbre pour la difficulté de ses compositions. Hélène Grimaud quitte le conservatoire avant la fin de sa formation : une décision qui ne l'empêche pas de passer les concours internationaux et de s'envoler pour les Etats-Unis, territoire d'un ailleurs dont elle est en quête depuis l'enfance, et terre de rencontre avec Alawa, louve qui déclenchera une véritable passion pour ces animaux. Comme elle le raconte dans son livre 'Variations sauvages', elle se partage entre le piano et les loups, deux passions complémentaires qu'elle cultive depuis des années. Hélène Grimaud doit sa célébrité, entre autres, à ses fabuleuses interprétations de Brahms, de Rachmaninov, ou de Bach, à qui elle consacre un album en 2008, mais surtout à sa virtuosité.
April 24
Je serai toujours là
Tout près de Toi
Tout contre Toi
C'est moi alors qui te dirai
En t'embrassant dans le creux de l'oreille
Les mondes et les merveilles
Les lunes et les soleils
Te dire qu'il nous restera
A Toi, à moi
Mille choses à faire
Mille choses à dire
Mille jeux de l'oie
Mille mois de mai
(...)
Rien ne changera
Promets, promets-le moi
La vie c'est une belle histoire
Une histoire de sucre
Un vrai conte de miel
Avec des rêves
(...)
Lorsque tu me regardes
Qu'est-ce que tu vois ?
Te vois-tu Toi
Ou ne vois-tu que moi ?
Philippe Claudel
Le Monde sans les enfants
Philippe Claudel est agrégé de français et a consacré une thèse à André Hardellet. Il est maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.
Philippe Claudel a également été professeur en prison, il raconte ses souvenirs dans Le bruit des Trousseaux
Il a été le parrain du 16e Festival du Premier roman, à Chambéry, en 2003.
Très attaché à la Lorraine, il a présidé le prix Erckmann-Chatrian de 2003 à 2006.
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