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Nota Bene .

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Nota Bene

L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible.
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November 29

Francis Cabrel - A l'encre de tes yeux

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A l'encre de tes yeux

Puisqu' on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu' on est fous puisqu' on est seul
Puisqu' ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J' aimerais quand même te dire
Tout ce que j' ai pu écrire
Je l' ai puisé à l' encre de tes yeux

Je n' avais pas vu que tu portais des chaînes
A trop vouloir te regarder
J' en oubliais les miennes
On revait de Venise et de liberté
J' aimerais quand même te dire
Tout ce que j' ai pu écrire
C'est ton sourire qui me l' a dicté


Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j' arrive à t' oublier
J' aimerais quand même te dire
Tout ce que j' ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets

Puisqu' on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu' on est fous puisqu' on est seul
Puisqu' ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J' aimerais quand même te dire
Tout ce que j' ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux

 

Francis  Cabrel

 

 

November 20

Jacques Prévert -Sanguine

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Sanguine
 

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
Et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
Au beau milieu de l’ombre
A éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parqué ciré
N’a pas fait plus de bruit
Qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
Joli fruit
La pointe de ton sein
A tracé une nouvelle ligne de chance
Dans le creux de ma main
Sanguine
Joli fruit
Soleil de nuit

 

Jacques Prévert

 

 

 
November 15

Charlotte Gainsbourg-L'un part l'autre reste

 

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L´un part, l´autre reste

 Ont-ils oublié leurs promesses
 Au moindre rire, au moindre geste
 Les grands amours n´ont plus d´adresse
 Quand l´un s´en va, l´autre reste
 N´est-il pêché que de jeunesse
 N´est-il passé que rien ne laisse
 Les grands amours sont en détresse
 Lorsque l´un part, et l´autre reste

Reste chez toi
 Vieillis sans moi
 Ne m´appelle plus
 Efface moi
 Déchire mes lettres
 Et reste là
 Demain peut-être
 Tu reviendras

Gestes d´amour et de tendresse
 Tels deux oiseaux en mal d´ivresse
 Les grands amours n´ont plus d´adresse
 Quand l´un s´en va et l´autre reste
 Sont-ils chagrins dès qu´ils vous blessent
 Au lendemain de maladresses
 Les grands amours sont en détresse
 Lorsque l´un part et l´autre reste

De tristes adieux
 Quelle illusion
 Si c´est un jeu
 Ce sera non!
 Rends moi mes lettres
 Et reste là
 Demain peut-être
 Tu comprendras

Ils n´oublieront pas leurs promesses
 Ils s´écriront aux mêmes adresses
 Les grands amours se reconnaissent
 Lorsque l´un part et l´autre reste.

 

Charlotte Gainsbourg

Paroles: Nathalie Rheims - Musique: Frédéric Botton

 

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November 05

Renée Vivien - Je possède

 

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Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

Renée Vivien

 

 

 

November 01

Barbara - Les enfants de Novembre

 

 

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Les enfants de novembre

 

Comme le vent mouvant,
Venus
Du Nord au Sud,
Comme le vent mouvant,
Venus
De l'Est en Ouest,
Franchissant les torrents,
Les coteaux,
Les rivières,
Franchissant les espaces
D'ombre et de lumière,
Comme des milliers d'oiseaux
Qui feraient transhumance,
Comme des milliers d'oiseaux
Sur un ciel d'Espérance,
Regarde-les venir,
Les enfants de lumière.
Les voilà qui avancent
En dansant leur colère.
Ils sont venus pour Un,
Tombé sous la violence.
Ils sont venus vous dire
D'aimer nos différences.
Beaux,
Unicolores,
Multicolores,
Ils sont venus nous dire
De taire nos violences.
Comme des milliers d'oiseaux,
Au-delà des frontières
Qui, aux bouts de leurs ailes,
Porteraient la lumière,
Comme le vent
Du Nord au Sud,
Comme le vent
De l'Est en Ouest,
Regarde-les venir,
Les oiseaux magnifiques.
Ils portent l'Espérance,
Les enfants de lumière.
Laissez-les passer,
Laissez-les passer,
Laissez-les passer,
Laissez-les passer.
Ils portent l'Espérance,
Les enfants de novembre
 
Barbara
 
 
October 22

Barbara - Dis quand reviendras-tu?

 
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Dis quand reviendras-tu
 
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus,

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
J'irai me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère...
 
Barbara

 

 

October 21

Jacques Prévert- Je suis comme je suis

 

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JE SUIS COMME JE SUIS

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée 
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais

Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.

 

Jacques Prévert

 

 

October 15

Dernier voyage

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Ce sera comme un dernier voyage
Un changement de paysage, ensemble
Ce sera notre dernière odeur
On se sent proche de cet amour qui meurt

Et sans éloigner nos visages
Sans se détourner des images
Ne pas rayer les souvenirs
Ce sera comme un dernier désir ensemble

Inutile de s’aimer sans se voir
Inutile d’avancer dans le noir
C’est la fin de notre histoire

Ce sera comme s’aimer davantage
Avoir le temps et une page en plus
Ce sera plonger dans la rivière
Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver

Et sans oublier qu’on se quitte
Que notre amour a ses limites
Ne pas se blesser le sourire
Ce sera difficile à tenir, ensemble

Inutile de s’aimer sans se voir
Inutile d’avancer dans le noir
Impossible de donner sans recevoir
Dans nos yeux les étoiles sont trop rares
C’est la fin de notre histoire

Ce sera comme un dernier voyage
Un changement de paysage, ensemble
Ce sera notre dernier regard
La fin de notre histoire

 

Maurane

 

 

 

Dernier voyage

 

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Ce sera comme un dernier voyage
Un changement de paysage, ensemble
Ce sera notre dernière odeur
On se sent proche de cet amour qui meurt

Et sans éloigner nos visages
Sans se détourner des images
Ne pas rayer les souvenirs
Ce sera comme un dernier désir ensemble

Inutile de s’aimer sans se voir
Inutile d’avancer dans le noir
C’est la fin de notre histoire

Ce sera comme s’aimer davantage
Avoir le temps et une page en plus
Ce sera plonger dans la rivière
Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver

Et sans oublier qu’on se quitte
Que notre amour a ses limites
Ne pas se blesser le sourire
Ce sera difficile à tenir, ensemble

Inutile de s’aimer sans se voir
Inutile d’avancer dans le noir
Impossible de donner sans recevoir
Dans nos yeux les étoiles sont trop rares
C’est la fin de notre histoire

Ce sera comme un dernier voyage
Un changement de paysage, ensemble
Ce sera notre dernier regard
La fin de notre histoire

 

Maurane

 

    

 

 

October 05

Francis Cabrel - octobre

 

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Octobre

Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans ta robe blanche
Y'aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche

Le soleil sortira à peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine
Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines

Il y aura certainement
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides qui traînent
Et des nuages pris aux antennes
Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'octobre nous prenne

On ira tout en haut des collines
Regarder tout ce qu'octobre illumine
Mes mains sur tes cheveux
Des écharpes pour deux
Devant le monde qui s'incline

Certainement appuyés sur des bancs
Il y aura quelques hommes qui se souviennent
Et des nuages pris sur les antennes
Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'octobre nous prenne

Et sans doute on verra apparaitre
Quelques dessins sur la buée des fenêtres
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être

Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être

Francis Cabrel

  

 

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September 02

Corneille -Psyché

 

 

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A peine je vous vois, que mes frayeurs cessées
Laissent évanouir l'image du trépas.
Et que je sens couler dans mes veines glacées
Un je ne sais quel feu que je ne connais pas.
J'ai senti de l'estime et de la complaisance,
De l'amitié, de la reconnaissance;
De la compassion les chagrins innocents
M'en ont fait sentir la puissance;
Mais je n'ai point encor senti ce que je sens.
Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme,
Que je n'en conçois point d'alarme:
Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer.
Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même,
Et je dirais que je vous aime,
Seigneur, si je savais ce que c'est d'aimer,
Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent,
Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux,
Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent.
Héla ! plus ils sont dangereux,
Plus je me plais à m'attacher sur eux.
Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,
Vous dis-je plus que je ne dois,
Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre
Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois?
Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire:
Vos sens comme les miens paraissent interdits.
C'est à moi de m'en taire à vous de me le dire;
Et cependant c'est moi qui vous le dis. 

*

-CORNEILLE , Psyché , III, 3-

 

August 23

Aliette Audra - N'envoyez plus de lettres

 

 

 

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N’ENVOYEZ PLUS DE LETTRES…

N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles
d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille
où l’automne abat et dépose entre vos mains.
Je ne les recevrai jamais le lendemain,
mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre
et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.
Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus,
cependant je lirai comme si j’avais su
les paroles que vous formulez dans votre âme
tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme.
Choisissez les couleurs suivant le ton des jours :
que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,
et d’un vert bien profond si l’azur est trop pâle.
Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle
au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été,
et lorsque vient Novembre, afin de refléter
ce qu’il ensevelie et ce qu’il remémore
veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
(Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier,
que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose
par hasard le bonheur, pour me dire la chose
envoyez simplement une feuille de rose.

 

Aliette Audra (1897-1962)

 

 

 

 

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August 19

Albert Camus

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Seuls aussi avec l’horizon.

Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une,
patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une.
Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…
La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure.
C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif.
J’épouse la mer…

…J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

Albert Camus,  journal de bord, 1953

 

 

August 16

Aragon-Croire au soleil quand l’eau tombe

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Croire au soleil quand l’eau tombe

 

 C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Epouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Etant donné ce que nous sommes
Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire

Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc même cela c'est trop
Et je les garde entre les dents

Ces mots de peur qu'ils signifient
Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots en moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord
Le malheur c'est de savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle
C'est en nous qu'il faut nous taire



Louis Aragon, extrait du Fou d'Elsa.

 

 

 

 

July 07

Paul Eluard

 

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Le désespoir besoin d'aimer

 

Au mal
            
L'orage avorte la pluie pèle
Et le soleil sonne le creux
Soufflez gorets râlez corbeaux
Jeunesse bave dans les caves
    
Le froid noir s'installe aux lucarnes
Faute de vivre l'on vivote
Savoir fait l'aumône aux ignares
La rouille a des racines d'or
             
La belle chair est une ortie
La lèvre gèle en un baiser
On glisse dans la boue du cœur
Les morts habitent des palais
             
Qui que tu sois saisis une arme
Et venge-toi de ce désastre
Les miroirs ont proliféré
Pour qu'on cesse un soir de s'y voir.
             
 
Au bien
                  
Merveille c'est d'aimer encore
Malgré ce mur illimité
Comme un mineur qui songe au jour
Le jour son cœur le fait monter
Tu n'es pas là ton corps existe
Et les étoiles de tes mains
Disparues sont toujours présentes
                   
Vois le poète se transforme
Je rêve j'ai toujours rêvé
Au crépuscule en négatif
Et la merveille aurait pu être
De ne pas naître d'être absent
Mais toi tu vaux d'avoir été
Et d'être en dépit du néant
                       
Je sais tes seins je sais ton cœur
Tes yeux qui s'ouvrent en mes yeux
Malgré mon vieux rêve d'aveugle
T'aimer chante assez haut la nuit
Pour allumer un autre monde
Que celui de ma propre vie
T'aimer me rend à tous les hommes
.

 

Paul Eluard

 

 

 

June 16

Jacques Prévert - Dans ma maison

 
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Dans ma maison

Dans ma maison vous viendrez
D'ailleurs ce n'est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n'y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n'est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C'est-à-dire rien de sérieux
Quelque fois le matin
Je poussais des cris d'animaux
Je gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Il faut être bête comme l'homme l'est souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pied gai comme un pinson
Le pinson n'est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson
D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça
C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson

Comme c'est curieux les noms
Martin Hugo de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et pas comme ça
Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert
L'empereur s'appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms
Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi
Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça

Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.

 

Jacques Prévert

1900-1977)

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June 04

Paul Eluard

 

 

 

Tempête

 

Notre silence fera taire la tempête

Assagira le feuillage profond

 

J’ai dans les mains deux mains abandonnées

Ce bateau s’enfonçait à jamais dans brume

 

De loin en loin qui dit la haine

De proche en proche dit l’amour

 

Les yeux d’air vif souveraine innocente

Les seins légers elle riait de tout

 

Et la mer dispersa le sable de son trône.

 

Paul Eluard

 

 

 

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May 27

Jacques Prévert-Le jardin

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Le jardin

Des milliers et des milliers d'années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d'éternité
Où tu m'as embrassé
Où je t'ai embrassée
Un matin dans la lumière de l'hiver
Au parc Montsouris à Paris
À Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.

 

Jacques Prévert

 

 
 
May 05

Hélène Grimaud

 

 

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Le charme immense des petites filles, tendre et vénéneux, c’est qu’elles tirent de la nature leur vérité intime.

 

Leurs yeux voient, leur langue connaît le goût exact du sel et des groseilles, le moindre craquement de la maison les fait frémir.

 

Elles tutoient l’ombre, se font des traînes avec la leur.

 

Elles vivent le monde par leurs sens, quand les petits garçons le vivent déjà par la guerre.

 

(…)

 

Elles pressentent qu’il leur faudra très tôt rompre avec cette grâce incomparable de s’appartenir tout entières : très vite, le temps de trois gouttes de sang, la vie kidnappera leur corps, les prendra en otages.

 

Il leur faudra alors une force prodigieuse pour garder leur charme et résister aux complots chimiques que la vie ourdira contre elles : des complots d’hormones et des complots maternels, des traquenards de femmes et de cycles lunaires, et toute la garde des mères et belles-mères, les rayons de beaux magasins et les pages des faux contes de fées.

 

Contre la mort, on leur parlera de leur ventre, de princes et de poupées.

 

Mais il y a des petites filles qui se préfèrent enceintes de leurs rêves, et je me rappelle très bien combien je détestais les poupées.*

 

Hélène Grimaud

Leçons particulières

 

Hélène Grimaud, née à Aix-en-Provence le 7 novembre 1969, est une pianiste française

Pianiste de renommée internationale, Hélène Grimaud confie avoir abordé le piano précocement : 'Jouer m'a paru parfaitement naturel, un prolongement de mon être.' Une sensation qu'elle n'est pas seule à ressentir puisque très tôt, ses tentatives sont encouragées par les plus grands. A 13 ans, elle est reçue première à l'unanimité au conservatoire de Paris. Elève de Jacques Rouvier, elle enregistre son premier disque alors qu'elle n'a que quinze ans, et le dédie à Rachmaninov - pianiste célèbre pour la difficulté de ses compositions. Hélène Grimaud quitte le conservatoire avant la fin de sa formation : une décision qui ne l'empêche pas de passer les concours internationaux et de s'envoler pour les Etats-Unis, territoire d'un ailleurs dont elle est en quête depuis l'enfance, et terre de rencontre avec Alawa, louve qui déclenchera une véritable passion pour ces animaux. Comme elle le raconte dans son livre 'Variations sauvages', elle se partage entre le piano et les loups, deux passions complémentaires qu'elle cultive depuis des années. Hélène Grimaud doit sa célébrité, entre autres, à ses fabuleuses interprétations de Brahms, de Rachmaninov, ou de Bach, à qui elle consacre un album en 2008, mais surtout à sa virtuosité.

 

 

  
Découvrez Hélène Grimaud!

April 24

Philippe Claudel -

 

 

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Je serai toujours là

Tout près de Toi

Tout contre Toi

C'est moi alors qui te dirai

En t'embrassant dans le creux de l'oreille

Les mondes et les merveilles

Les lunes et les soleils

Te dire qu'il nous restera

A Toi, à moi

Mille choses à faire

Mille choses à dire

Mille jeux de l'oie

Mille mois de mai

(...)

Rien ne changera

Promets, promets-le moi

La vie c'est une belle histoire

Une histoire de sucre

Un vrai conte de miel

Avec des rêves

(...)

Lorsque tu me regardes

Qu'est-ce que tu vois ?

Te vois-tu Toi

Ou ne vois-tu que moi ?

 

 Philippe Claudel

Le Monde sans les enfants

 

 

Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle),.
Philippe Claudel est agrégé de français et a consacré une thèse à André Hardellet. Il est maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.
Philippe Claudel a également été professeur en prison, il raconte ses souvenirs dans Le bruit des Trousseaux
Il a été le parrain du 16e Festival du Premier roman, à Chambéry, en 2003.

Très attaché à la Lorraine, il a présidé le prix Erckmann-Chatrian de 2003 à 2006.

 

 

 
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