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    November 05

    Renée Vivien - Je possède

     

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    Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
    Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
    L'harmonie et le songe et la douleur profonde
    Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

    Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
    Je partage leur vie intense en les touchant,
    C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
    De noble, de très doux et de pareil au chant.

    Car mes doigts ont connu la chair des poteries
    La chair lisse du marbre aux féminins contours
    Que la main qui les sait modeler a meurtries,
    Et celle de la perle et celle du velours.

    Ils ont connu la vie intime des fourrures,
    Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
    Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
    Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

    Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
    Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
    Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
    Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

    Ils ont connu la peau subtile de la femme,
    Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
    Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme
    Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

    Renée Vivien

     

     

     

    November 01

    Barbara - Les enfants de Novembre

     

     

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    Les enfants de novembre

     

    Comme le vent mouvant,
    Venus
    Du Nord au Sud,
    Comme le vent mouvant,
    Venus
    De l'Est en Ouest,
    Franchissant les torrents,
    Les coteaux,
    Les rivières,
    Franchissant les espaces
    D'ombre et de lumière,
    Comme des milliers d'oiseaux
    Qui feraient transhumance,
    Comme des milliers d'oiseaux
    Sur un ciel d'Espérance,
    Regarde-les venir,
    Les enfants de lumière.
    Les voilà qui avancent
    En dansant leur colère.
    Ils sont venus pour Un,
    Tombé sous la violence.
    Ils sont venus vous dire
    D'aimer nos différences.
    Beaux,
    Unicolores,
    Multicolores,
    Ils sont venus nous dire
    De taire nos violences.
    Comme des milliers d'oiseaux,
    Au-delà des frontières
    Qui, aux bouts de leurs ailes,
    Porteraient la lumière,
    Comme le vent
    Du Nord au Sud,
    Comme le vent
    De l'Est en Ouest,
    Regarde-les venir,
    Les oiseaux magnifiques.
    Ils portent l'Espérance,
    Les enfants de lumière.
    Laissez-les passer,
    Laissez-les passer,
    Laissez-les passer,
    Laissez-les passer.
    Ils portent l'Espérance,
    Les enfants de novembre
     
    Barbara
     
     
    October 22

    Barbara - Dis quand reviendras-tu?

     
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    Dis quand reviendras-tu
     
    Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
    Voilà combien de temps que tu es reparti,
    Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
    Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
    Au printemps, tu verras, je serai de retour,
    Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
    Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
    Et déambulerons dans les rues de Paris,

    Dis, quand reviendras-tu,
    Dis, au moins le sais-tu,
    Que tout le temps qui passe,
    Ne se rattrape guère,
    Que tout le temps perdu,
    Ne se rattrape plus,

    Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
    Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
    A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
    Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
    Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
    Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
    Ton image me hante, je te parle tout bas,
    Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,

    Dis, quand reviendras-tu,
    Dis, au moins le sais-tu,
    Que tout le temps qui passe,
    Ne se rattrape guère,
    Que tout le temps perdu,
    Ne se rattrape plus,

    J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
    J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
    Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
    Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
    Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
    J'irai me réchauffer à un autre soleil,
    Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
    Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,

    Dis, quand reviendras-tu,
    Dis, au moins le sais-tu,
    Que tout le temps qui passe,
    Ne se rattrape guère...
     
    Barbara

     

     

    October 21

    Jacques Prévert- Je suis comme je suis

     

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    JE SUIS COMME JE SUIS

    Je suis comme je suis
    Je suis faite comme ça
    Quand j'ai envie de rire
    Oui je ris aux éclats
    J'aime celui qui m'aime
    Est-ce ma faute à moi
    Si ce n'est pas le même
    Que j'aime chaque fois
    Je suis comme je suis
    Je suis faite comme ça
    Que voulez-vous de plus
    Que voulez-vous de moi

    Je suis faite pour plaire
    Et n'y puis rien changer
    Mes talons sont trop hauts
    Ma taille trop cambrée 
    Mes seins beaucoup trop durs
    Et mes yeux trop cernés
    Et puis après
    Qu'est-ce que ça peut vous faire
    Je suis comme je suis
    Je plais à qui je plais

    Qu'est-ce que ça peut vous faire
    Ce qui m'est arrivé
    Oui j'ai aimé quelqu'un
    Oui quelqu'un m'a aimée
    Comme les enfants qui s'aiment
    Simplement savent aimer
    Aimer aimer...
    Pourquoi me questionner
    Je suis là pour vous plaire
    Et n'y puis rien changer.

     

    Jacques Prévert

     

     

    October 15

    Dernier voyage

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    Ce sera comme un dernier voyage
    Un changement de paysage, ensemble
    Ce sera notre dernière odeur
    On se sent proche de cet amour qui meurt

    Et sans éloigner nos visages
    Sans se détourner des images
    Ne pas rayer les souvenirs
    Ce sera comme un dernier désir ensemble

    Inutile de s’aimer sans se voir
    Inutile d’avancer dans le noir
    C’est la fin de notre histoire

    Ce sera comme s’aimer davantage
    Avoir le temps et une page en plus
    Ce sera plonger dans la rivière
    Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver

    Et sans oublier qu’on se quitte
    Que notre amour a ses limites
    Ne pas se blesser le sourire
    Ce sera difficile à tenir, ensemble

    Inutile de s’aimer sans se voir
    Inutile d’avancer dans le noir
    Impossible de donner sans recevoir
    Dans nos yeux les étoiles sont trop rares
    C’est la fin de notre histoire

    Ce sera comme un dernier voyage
    Un changement de paysage, ensemble
    Ce sera notre dernier regard
    La fin de notre histoire

     

    Maurane

     

     

     

    Dernier voyage

     

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    Ce sera comme un dernier voyage
    Un changement de paysage, ensemble
    Ce sera notre dernière odeur
    On se sent proche de cet amour qui meurt

    Et sans éloigner nos visages
    Sans se détourner des images
    Ne pas rayer les souvenirs
    Ce sera comme un dernier désir ensemble

    Inutile de s’aimer sans se voir
    Inutile d’avancer dans le noir
    C’est la fin de notre histoire

    Ce sera comme s’aimer davantage
    Avoir le temps et une page en plus
    Ce sera plonger dans la rivière
    Naviguer loin en plein hiver, en plein hiver

    Et sans oublier qu’on se quitte
    Que notre amour a ses limites
    Ne pas se blesser le sourire
    Ce sera difficile à tenir, ensemble

    Inutile de s’aimer sans se voir
    Inutile d’avancer dans le noir
    Impossible de donner sans recevoir
    Dans nos yeux les étoiles sont trop rares
    C’est la fin de notre histoire

    Ce sera comme un dernier voyage
    Un changement de paysage, ensemble
    Ce sera notre dernier regard
    La fin de notre histoire

     

    Maurane

     

        

     

     

    October 05

    Francis Cabrel - octobre

     

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    Octobre

    Le vent fera craquer les branches
    La brume viendra dans ta robe blanche
    Y'aura des feuilles partout
    Couchées sur les cailloux
    Octobre tiendra sa revanche

    Le soleil sortira à peine
    Nos corps se cacheront sous des bouts de laine
    Perdue dans tes foulards
    Tu croiseras le soir
    Octobre endormi aux fontaines

    Il y aura certainement
    Sur les tables en fer blanc
    Quelques vases vides qui traînent
    Et des nuages pris aux antennes
    Je t'offrirai des fleurs
    Et des nappes en couleurs
    Pour ne pas qu'octobre nous prenne

    On ira tout en haut des collines
    Regarder tout ce qu'octobre illumine
    Mes mains sur tes cheveux
    Des écharpes pour deux
    Devant le monde qui s'incline

    Certainement appuyés sur des bancs
    Il y aura quelques hommes qui se souviennent
    Et des nuages pris sur les antennes
    Je t'offrirai des fleurs
    Et des nappes en couleurs
    Pour ne pas qu'octobre nous prenne

    Et sans doute on verra apparaitre
    Quelques dessins sur la buée des fenêtres
    Vous, vous jouerez dehors
    Comme les enfants du nord
    Octobre restera peut-être

    Vous, vous jouerez dehors
    Comme les enfants du nord
    Octobre restera peut-être

    Francis Cabrel

      

     

    .

    September 02

    Corneille -Psyché

     

     

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    A peine je vous vois, que mes frayeurs cessées
    Laissent évanouir l'image du trépas.
    Et que je sens couler dans mes veines glacées
    Un je ne sais quel feu que je ne connais pas.
    J'ai senti de l'estime et de la complaisance,
    De l'amitié, de la reconnaissance;
    De la compassion les chagrins innocents
    M'en ont fait sentir la puissance;
    Mais je n'ai point encor senti ce que je sens.
    Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme,
    Que je n'en conçois point d'alarme:
    Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer.
    Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même,
    Et je dirais que je vous aime,
    Seigneur, si je savais ce que c'est d'aimer,
    Ne les détournez point, ces yeux qui m'empoisonnent,
    Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux,
    Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent.
    Héla ! plus ils sont dangereux,
    Plus je me plais à m'attacher sur eux.
    Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,
    Vous dis-je plus que je ne dois,
    Moi de qui la pudeur devrait du moins attendre
    Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois?
    Vous soupirez, Seigneur, ainsi que je soupire:
    Vos sens comme les miens paraissent interdits.
    C'est à moi de m'en taire à vous de me le dire;
    Et cependant c'est moi qui vous le dis. 

    *

    -CORNEILLE , Psyché , III, 3-

     

    August 23

    Aliette Audra - N'envoyez plus de lettres

     

     

     

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    N’ENVOYEZ PLUS DE LETTRES…

    N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles
    d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille
    où l’automne abat et dépose entre vos mains.
    Je ne les recevrai jamais le lendemain,
    mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre
    et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.
    Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus,
    cependant je lirai comme si j’avais su
    les paroles que vous formulez dans votre âme
    tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme.
    Choisissez les couleurs suivant le ton des jours :
    que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,
    et d’un vert bien profond si l’azur est trop pâle.
    Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle
    au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été,
    et lorsque vient Novembre, afin de refléter
    ce qu’il ensevelie et ce qu’il remémore
    veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
    (Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier,
    que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)

    Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose
    par hasard le bonheur, pour me dire la chose
    envoyez simplement une feuille de rose.

     

    Aliette Audra (1897-1962)

     

     

     

     

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    August 19

    Albert Camus

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    Seuls aussi avec l’horizon.

    Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une,
    patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une.
    Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…
    La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure.
    C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif.
    J’épouse la mer…

    …J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

    Albert Camus,  journal de bord, 1953

     

     

    August 16

    Aragon-Croire au soleil quand l’eau tombe

    .

     

     

     

     

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    Croire au soleil quand l’eau tombe

     

     C'est là le malheur pas le mien
    Le malheur qui nous est commun
    Epouvantes des autres hommes
    Et qui donc t'eut donné la main
    Etant donné ce que nous sommes
    Pour peu pour peu que tu l'aies dit
    Cela qui ne peut prendre forme
    Tout au moins qui est sur le point
    Qu'écrase ton poing
    Et les gens Que voulez-vous dire

    Tu te sens comme tu te sens
    Bête en face des gens Qu'étais-je
    Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
    Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
    Où donc même cela c'est trop
    Et je les garde entre les dents

    Ces mots de peur qu'ils signifient
    Ne me regardez pas dedans
    Qu'il fait beau cela vous suffit
    Même s'il pleut sur mon visage
    Croire au soleil quand tombe l'eau
    Les mots en moi meurent si fort
    Qui si fortement me meurtrissent
    Les mots que je ne forme pas
    Est-ce leur mort en moi qui mord
    Le malheur c'est de savoir de quoi
    Je ne parle pas à la fois
    Et de quoi cependant je parle
    C'est en nous qu'il faut nous taire



    Louis Aragon, extrait du Fou d'Elsa.

     

     

     

     

    July 07

    Paul Eluard

     

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    Le désespoir besoin d'aimer

     

    Au mal
                
    L'orage avorte la pluie pèle
    Et le soleil sonne le creux
    Soufflez gorets râlez corbeaux
    Jeunesse bave dans les caves
        
    Le froid noir s'installe aux lucarnes
    Faute de vivre l'on vivote
    Savoir fait l'aumône aux ignares
    La rouille a des racines d'or
                 
    La belle chair est une ortie
    La lèvre gèle en un baiser
    On glisse dans la boue du cœur
    Les morts habitent des palais
                 
    Qui que tu sois saisis une arme
    Et venge-toi de ce désastre
    Les miroirs ont proliféré
    Pour qu'on cesse un soir de s'y voir.
                 
     
    Au bien
                      
    Merveille c'est d'aimer encore
    Malgré ce mur illimité
    Comme un mineur qui songe au jour
    Le jour son cœur le fait monter
    Tu n'es pas là ton corps existe
    Et les étoiles de tes mains
    Disparues sont toujours présentes
                       
    Vois le poète se transforme
    Je rêve j'ai toujours rêvé
    Au crépuscule en négatif
    Et la merveille aurait pu être
    De ne pas naître d'être absent
    Mais toi tu vaux d'avoir été
    Et d'être en dépit du néant
                           
    Je sais tes seins je sais ton cœur
    Tes yeux qui s'ouvrent en mes yeux
    Malgré mon vieux rêve d'aveugle
    T'aimer chante assez haut la nuit
    Pour allumer un autre monde
    Que celui de ma propre vie
    T'aimer me rend à tous les hommes
    .

     

    Paul Eluard

     

     

     

    June 16

    Jacques Prévert - Dans ma maison

     
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    .

    Dans ma maison

    Dans ma maison vous viendrez
    D'ailleurs ce n'est pas ma maison
    Je ne sais pas à qui elle est
    Je suis entré comme ça un jour
    Il n'y avait personne
    Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
    Je suis resté longtemps dans cette maison
    Personne n'est venu
    Mais tous les jours et tous les jours
    Je vous ai attendu

    Je ne faisais rien
    C'est-à-dire rien de sérieux
    Quelque fois le matin
    Je poussais des cris d'animaux
    Je gueulais comme un âne
    De toute mes forces
    Et cela me faisait plaisir
    Et puis je jouais avec mes pieds
    C'est très intelligent les pieds
    Ils vous emmènent très loin
    Quand vous voulez aller très loin
    Et puis quand vous ne voulez pas sortir
    Ils restent là ils vous tiennent compagnie
    Et quand il y a de la musique ils dansent
    On ne peut pas danser sans eux
    Il faut être bête comme l'homme l'est souvent
    Pour dire des choses aussi bêtes
    Que bête comme ses pied gai comme un pinson
    Le pinson n'est pas gai
    Il est seulement gai quand il est gai
    Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
    Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson
    D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça
    C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça
    Pinson pinson pinson pinson

    Comme c'est curieux les noms
    Martin Hugo de son prénom
    Bonaparte Napoléon de son prénom
    Pourquoi comme ça et pas comme ça
    Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert
    L'empereur s'appelle Dromadaire
    Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
    Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms
    Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom
    Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi
    Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça

    Dans ma maison tu viendras
    Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça
    Et quand tu seras entrée dans ma maison
    Tu enlèveras tous tes vêtements
    Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
    Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
    Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
    Voilà
    Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.

     

    Jacques Prévert

    1900-1977)

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    June 04

    Paul Eluard

     

     

     

    Tempête

     

    Notre silence fera taire la tempête

    Assagira le feuillage profond

     

    J’ai dans les mains deux mains abandonnées

    Ce bateau s’enfonçait à jamais dans brume

     

    De loin en loin qui dit la haine

    De proche en proche dit l’amour

     

    Les yeux d’air vif souveraine innocente

    Les seins légers elle riait de tout

     

    Et la mer dispersa le sable de son trône.

     

    Paul Eluard

     

     

     

    .

     

    May 27

    Jacques Prévert-Le jardin

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    Le jardin

    Des milliers et des milliers d'années
    Ne sauraient suffire
    Pour dire
    La petite seconde d'éternité
    Où tu m'as embrassé
    Où je t'ai embrassée
    Un matin dans la lumière de l'hiver
    Au parc Montsouris à Paris
    À Paris
    Sur la terre
    La terre qui est un astre.

     

    Jacques Prévert

     

     
     
    May 05

    Hélène Grimaud

     

     

    105

     

     

    Le charme immense des petites filles, tendre et vénéneux, c’est qu’elles tirent de la nature leur vérité intime.

     

    Leurs yeux voient, leur langue connaît le goût exact du sel et des groseilles, le moindre craquement de la maison les fait frémir.

     

    Elles tutoient l’ombre, se font des traînes avec la leur.

     

    Elles vivent le monde par leurs sens, quand les petits garçons le vivent déjà par la guerre.

     

    (…)

     

    Elles pressentent qu’il leur faudra très tôt rompre avec cette grâce incomparable de s’appartenir tout entières : très vite, le temps de trois gouttes de sang, la vie kidnappera leur corps, les prendra en otages.

     

    Il leur faudra alors une force prodigieuse pour garder leur charme et résister aux complots chimiques que la vie ourdira contre elles : des complots d’hormones et des complots maternels, des traquenards de femmes et de cycles lunaires, et toute la garde des mères et belles-mères, les rayons de beaux magasins et les pages des faux contes de fées.

     

    Contre la mort, on leur parlera de leur ventre, de princes et de poupées.

     

    Mais il y a des petites filles qui se préfèrent enceintes de leurs rêves, et je me rappelle très bien combien je détestais les poupées.*

     

    Hélène Grimaud

    Leçons particulières

     

    Hélène Grimaud, née à Aix-en-Provence le 7 novembre 1969, est une pianiste française

    Pianiste de renommée internationale, Hélène Grimaud confie avoir abordé le piano précocement : 'Jouer m'a paru parfaitement naturel, un prolongement de mon être.' Une sensation qu'elle n'est pas seule à ressentir puisque très tôt, ses tentatives sont encouragées par les plus grands. A 13 ans, elle est reçue première à l'unanimité au conservatoire de Paris. Elève de Jacques Rouvier, elle enregistre son premier disque alors qu'elle n'a que quinze ans, et le dédie à Rachmaninov - pianiste célèbre pour la difficulté de ses compositions. Hélène Grimaud quitte le conservatoire avant la fin de sa formation : une décision qui ne l'empêche pas de passer les concours internationaux et de s'envoler pour les Etats-Unis, territoire d'un ailleurs dont elle est en quête depuis l'enfance, et terre de rencontre avec Alawa, louve qui déclenchera une véritable passion pour ces animaux. Comme elle le raconte dans son livre 'Variations sauvages', elle se partage entre le piano et les loups, deux passions complémentaires qu'elle cultive depuis des années. Hélène Grimaud doit sa célébrité, entre autres, à ses fabuleuses interprétations de Brahms, de Rachmaninov, ou de Bach, à qui elle consacre un album en 2008, mais surtout à sa virtuosité.

     

     

      
    Découvrez Hélène Grimaud!

    April 24

    Philippe Claudel -

     

     

    Coq52.07.08

     

     

     

    Je serai toujours là

    Tout près de Toi

    Tout contre Toi

    C'est moi alors qui te dirai

    En t'embrassant dans le creux de l'oreille

    Les mondes et les merveilles

    Les lunes et les soleils

    Te dire qu'il nous restera

    A Toi, à moi

    Mille choses à faire

    Mille choses à dire

    Mille jeux de l'oie

    Mille mois de mai

    (...)

    Rien ne changera

    Promets, promets-le moi

    La vie c'est une belle histoire

    Une histoire de sucre

    Un vrai conte de miel

    Avec des rêves

    (...)

    Lorsque tu me regardes

    Qu'est-ce que tu vois ?

    Te vois-tu Toi

    Ou ne vois-tu que moi ?

     

     Philippe Claudel

    Le Monde sans les enfants

     

     

    Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle),.
    Philippe Claudel est agrégé de français et a consacré une thèse à André Hardellet. Il est maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.
    Philippe Claudel a également été professeur en prison, il raconte ses souvenirs dans Le bruit des Trousseaux
    Il a été le parrain du 16e Festival du Premier roman, à Chambéry, en 2003.

    Très attaché à la Lorraine, il a présidé le prix Erckmann-Chatrian de 2003 à 2006.

     

     

    April 16

    Diane Lichy- Corps à corps

    .

    Pudeur

     

    Corps à corps

     

    Tu as semé en moi le désir

    Au rythme des saisons.

     

    Tes baisers réveillent mon corps,

    Avec la douceur d’un soleil tendre

    Qui entre sur la pointe des pieds

    Au printemps

    Et caresserait la terre

    Jusqu’à l’embrasser entière.

     

    Comme des nuages vagabonds

    Sur un étang,

    Ainsi, tes mains aventurières,

    Pérégrinent sur mon corps

    Jusqu’à jeter l’ancre dans mon port secret.

     

    Infiniment arrêtés.

     

    Plaisir retardé,

    Sous l’éblouissement de l’été.

    Comme le brouillard

    Tu me pénètres,

    Avec la ténacité du vent

    Lançant un voltigement de feuilles mortes

    En automne.

     

    Tu es de feu.

    Avec une ardeur de luciole

    Je me livre à ton bûcher.

    Comme une braise

    Tu m’allumes

    Jusqu’à devenir une étincelle qui trouble

    Les entrailles de l’hiver.

     

    Toi dans toutes les saisons de la peau.

     

    Le temps

    Est resté prisonnier

    Entre les draps

    Et il ne trouve pas la sortie,

    Dans ce désordre de caresses.

     

    Diana Lichy

     

     

    .

    Diana LICHY est née à Caracas, Venezuela, le 31 août 1960. Elle vit à Paris depuis 1993. Elle partage l’écriture avec le cinéma, à travers l’écriture de scénarios, la production ou l’organisation des Festivals. Elle a publié les recueils de poésie suivants : « En los extremos confines de tu cuerpo », PEN CLUB, Venezuela, 1989, « Solasombro », Gobernación de Bolívar, 1993, « Solitario oficio de horas desnudas », FUNDARTE, Caracas, 1993, « Sortilegios », poèmes, FUNDARTE, Caracas, 1996, « Sortilegios/Sortileges », Éditions Indigo, Paris 1998. En 2000, elle fait partie de l’anthologie « Palabras de Mujer », Mexico. Elle a publié une « Anthologie de la poésie vénézuélienne du XXème siècle », Éditions Patiño, Genève 2002. Elle a obtenu le prix International de Poésie « Le Courrier de l’Orénoque » en 1994, le prix « Fundarte » de Poésie 1993 à « Solitario oficio de horas desnudas »,
    April 08

    Philippe Besson

     

     

    165000599

     

     

     

    C’est un territoire fragile,

    quelques centimètres carrés de chair,

    là où les veines affleurent et serpentent tel l’affluent minuscule d’une rivière bleutée,

    où la peau parait si fine, si vulnérable,

    où chaque mouvement porte au gémissement.

     

    C’est un triangle, celui que forme le creux de tes hanches avec le sommet de ton pubis.

    Je dis « triangle » pour faire simple, mais c’est un espace géométrique plus complexe qu’il n’en a l’air, assez facile à délimiter mais plutôt délicat à raconter

    C’est le lieu de la plus grande douceur, celui qui m’émeut le plus, me fait perdre mes moyens.

    C’est la zone du danger, entre le nombril et le sexe, entre la pudeur et l’impudeur.

    C’est la scène du crime.

     

    J’y dépose des baisers quand l’amour se  fait.

    J’y respire ton odeur.

    J’y enfouis mon visage.

    Et puis, quand l’amour s’achève, j’y repose ma tête, les yeux grands ouverts, écoutant l’étrange gazouillis de ton ventre, me laissant envahir par les spasmes de ton être intérieur. Impossible d’échapper à ce rituel, moi qui ne les aime guère. Impossible de me soustraire à cette fascination, jamais démentie.

     

    A chaque fois, tu souris de me voir si démuni, si émerveillé.

    Tu caresses mes cheveux.

    Je finis par fermer les yeux.

    Je pars vagabonder.

    .Philippe Besson

     

     

    Philippe Besson est un homme d'affaire et un écrivain français, né à Barbezieux-Saint-Hilaire le 29 janvier 1967.

    Fils d'un instituteur et d'une mère clerc de notaire, Philippe Besson est diplômé de l'École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d'un DESS de droit. En 1989, il s'installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social. Pendant près de 6 ans, il sera le bras droit de Laurence Parisot, en tant que DRH puis secrétaire-général de l'Institut français d'opinion publique. Par la suite, il sera DRH de Club Internet.

    En 1999, la lecture de récits d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale, l'incite à écrire son premier roman : En l'absence des hommes[1]. Ce premier ouvrage est publié en 2001 par les éditions Julliard. Le roman, qui met en scène le personnage de Marcel Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du Prix Femina. L'adaptation cinématographique qu'en fera Patrice Chéreau en 2003, recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin.

    L'Arrière-saison, roman publié en 2002, est récompensé par le Grand Prix RTL-Lire 2003, année où paraît Un garçon d'Italie qui se voit sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis. Conforté par l'intérêt que suscitent ses ouvrages, Philippe Besson décide alors de se consacrer exclusivement à l'écriture.

    Édité en 2004, son 5e roman, Les Jours fragiles — centré sur les derniers jours d'Athur Rimbaud—, retient l'attention du cinéaste François Dupeyron Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, pour une éventuelle adaptation au cinéma.

    Philippe Besson revendique une filiation proustienne, bien que son style l'en éloigne, tout comme il avoue son admiration pour Martin Page, Marguerite Duras et Arthur Rimbaud. Son écriture, centrée sur le relationnel et les sentiments de ses personnages, dévoile un intérêt particulier pour le thème de l'agonie, et la chimie difficile des relations humaines.

    April 02

    Suzanne Scheinert-Servais- Naufrage

     

     

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    Naufrage

     

    Personne n’a frappé à ma porte aujourd’hui
    Semblable au ressac, je me heurte à moi-même,
    Au cri né de toi et qui se perd en moi,
    J’oppose le poids des soupirs du vent,
    Ténébrante nuit qu’une bulle illumine,
    Voici l’heure où s’accouplent les saturnies,
    Et j’ai à les entendre l’âme ouverte.
    Une odeur d’algue traîne sur ma blessure,
    L’océan brame, les natures s’entrechoquent.
    Sur l’aussière tranchée, je descelle les liquides.
    Esclave de l’eau, l’écume rejoint le feu que le marin devant la mort consigne.

    Suzanne Scheinert-Servais

     

     

     
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