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日志


3月24日

Andre Mage De Fiefmelin

 

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,

Où la guerre, la paix, l'amour, la haine, l'ire,

La liesse, l'ennui, le plaisir, le martyre

Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

 

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous

Sous habits déguisés à malfaire et médire.

L'un commande en tyran, l'autre, humble, au joug soupire ;

L'un est bas, l'autre haut, l'un jugé, l'autre absous.

 

Qui s'éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,

Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne

Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

 

Bref, ce n'est qu'une farce, ou simple comédie

Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant

 

 

Andre Mage De Fiefmelin     

 

 

 

Né dans l’Île d’Oléron. Il ne bougea pas de ce pays, ni de la religion protestante. Sa vie pour le reste est mal connue (peut-être même s’appelait-il Antoine). Son œuvre poétique (1250 pages dans l’édition complète de 1601) n’a été redécouverte que récemment.

 

 

3月16日

Albert Camus-La mer au plus près

 

 

 

 

Lacanau

 

Seuls aussi avec l’horizon.

Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une,
patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une.
Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…
La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure.
C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif.
J’épouse la mer…

…J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

 

Albert Camus,

La mer au plus près, journal de bord, 1953

 

 

3月10日

Paul Eluard -Surgis

 

 

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Surgis d'une seule eau 

Comme une jeune fille seule 

Au milieu de ses robes nues 

Comme une jeune fille nue 

Au milieu des mains qui la prient 

Je te salue 

       

Je brûle d'une flamme nue 

Je brûle de ce qu'elle éclaire 

Surgis ma jeune revenante 

Dans tes bras une île inconnue 

Prendra la forme de ton corps 

Ma souriante 

    

Une île et la mer diminue 

L'espace n'aurait qu'un frisson 

Pour nous deux un seul horizon 

Crois- moi surgis cerne ma vue 

Donne la vie à tous mes rêves 

Ouvre les yeux

 

 

 
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3月2日

La chanson du vitrier

 
 
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« A Jacques Prévert », Jean-Michel Folon, 1979

 
 
Comme c’est beau
ce qu’on peut voir comme ça
à travers le sable à travers le verre
à travers les carreaux
tenez regardez par exemple
comme c’est beau
ce bûcheron
là-bas au loin
qui abat un arbre
pour faire des planches
pour le menuisier
qui doit faire un grand lit
pour la petite marchande de fleurs
qui va se marier
avec l’allumeur de réverbères
qui allume tous les soirs les lumières
pour que le cordonnier puisse voir clair
en réparant les souliers du cireur
qui brosse ceux du rémouleur
qui affûte les ciseaux du coiffeur
qui coupe le ch’veu au marchand d’oiseaux
qui donne ses oiseaux à tout le monde
pour que tout le monde soit de bonne humeur.

(Jacques Prévert, Histoires et d’autres histoires, 1963)
2月2日

Maurice Carême - Et si,pourtant,j'étais mouette

 

 

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Et si,pourtant,j'étais mouette,

Dieu sait ce que vous penseriez.

J'ai quelquefois du ciel en tête,

Mais pas d'ailes pour le gagner.

Pattes roses et plumes blanches,

Ah!vous en contenteriez-vous!

Je passerais ce long dimanche

Blotti au creux de vos genoux.

Je vous agacerais du bec,

Vous me caresseriez le cou

Et vous croiriez jouer avec

L'amour devenu oiseau fou.

Votre gorge se lèverait

Comme fait la brise marine.

D'autres mouettes passeraient

Criant comme des sauvagines.

Nous resterions à la fenêtre

Si surpris de n'avoir qu'un coeur

Que le soir nous prendrait peut-être

Pour des oiseaux venus d'ailleurs.

Maurice Carême.

 
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1月28日

Francois Coppee -Ruines au coeur

 

 

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Ruines du coeur

.    

Mon coeur était jadis comme un palais romain,

Tout construit de granits choisis, de marbres rares.

Bientôt les passions, comme un flot de barbares,

L'envahirent, la hache ou la torche à la main.

 

Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.

Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.

Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;

Et les ronces avaient effacé le chemin.

 

Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.

Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,

Passèrent, et j'ai, là, vécu d'horribles jours ;

 

Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,

Et, bravement, afin de loger nos amours,

Des débris du palais j'ai bâti ma chaumière.

 

Francois Coppee  

 

Recueil : L'arrière-saison

 

 

François Édouard Joachim Coppée (né à Paris au 2, rue de l'Abbé Grégoire, le 26 janvier 1842, décédé à Paris au 12, rue Oudinot le 23 mai 1908) est un poète, dramaturge et romancier français.

 

Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète du souvenir d'une première rencontre amoureuse (« Septembre, au ciel léger »), de la nostalgie d'une autre existence (« Je suis un pâle enfant du vieux Paris ») ou de la beauté du crépuscule (« Le crépuscule est triste et doux ») il rencontra un grand succès populaire avant de tomber dans l'oubli.

 

En vers et en prose Coppée s’appliqua à exprimer l'émotion humaine de la façon la plus simple : le patriotisme instinctif, la joie d’un nouvel amour et la pitié envers les pauvres, traitant chacun de ces sujets avec sympathie et pénétration. La poésie lyrique et idyllique, grâce à laquelle on continuera à se souvenir de lui, est animée par un charme musical et à quelques occasions, comme La Bénédiction et La Grève des forgerons, montre par moments un puissant pouvoir d'expression.

 

 

1月21日

Marguerite Duras-Hisroshima mon amour

 

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Je te rencontre.

Je me souviens de Toi.

Cette ville était faite à la taille de l'Amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.

Qui es-tu ?

Tu me tues.

J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir.

Depuis toujours.

Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.

Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.

Dévore-moi.

Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi,

ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon Amour.

La nuit ne va pas finir.

Le jour ne se lèvera plus pour personne.

Jamais. Jamais plus. Enfin.

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.

Nous n'aurons plus rien d'autre à faire,

plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passera. Du temps seulement.

Et du temps va venir.

Du temps viendra.

Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.

Le nom s'en effacera peu à peu de notre mémoire.

Puis, il disparaîtra tout à fait.

 

M.Duras

Hiroshima mon amour

*

 

 

 

 

 
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1月11日

Grand Corps Malade -"Les voyages en train"

 

 

 

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Je crois que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train –
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un –
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare –
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard
Les trains démarrent souvent au moment où on s'y attend le moins
Et l'histoire d'amour t'emporte sous l'oeil impuissant des témoins
Les témoins, c'est tes potes qui te disent au revoir sur le quai –
Ils regardent le train s'éloigner avec un sourire inquiet
Toi aussi tu leur fais signe et t'imagines leurs commentaires-
Certains pensent que tu te plantes et que t'as pas les pieds sur terre –
Chacun y va de son pronostic sur la durée du voyage
Pour la plupart, le train va dérailler dès le premier orage
Le grand amour change forcément ton comportement –
Dès le premier jour, faut bien choisir ton compartiment –
Siège couloir ou contre la vitre, il faut trouver fa bonne place –
Tu choisis quoi : une love story de première ou de seconde classe –
Dans les premiers kilomètres, tu n'as d'yeux que pour son visage
Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages
Tu te sens vivant, tu te sens léger et tu ne vois pas passer l'heure
T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur –
Mais la magie ne dure qu'un temps et ton histoire bat de l'aile
Toi tu dis que tu n'y es pour rien c'est sa faute à elle –
Le ronronnement du train te saoule et chaque virage t'écœure
Faut que tu te lèves, que tu marches, tu vas te dégourdir le cœur-
Et le train ralentit, c'est déjà la fin de ton histoire
En plus t'es comme un con, tes potes sont restés à l'autre gare –
Tu dis au revoir à celle que t'appelleras désormais ton ex
Dans son agenda, sur ton nom, elle va passer un coup de T-Pex
C'est vrai que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare –
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard
Pour beaucoup, la vie se résume à essayer de monter dans le train –
A connaître ce qu'est l'amour et se découvrir plein d'entrain
Pour beaucoup l'objectif est d'arriver à la bonne heure
Pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur
Il est facile de prendre un train, encore faut-il prendre le bon
Moi je suis monté dans 2-3 rames mais c'était pas le bon wagon
Car les trains sont capricieux et certains sont inaccessibles
Et je ne crois pas tout le temps qu' « avec la SNCF, c'est possible » -
Il y a ceux pour qui les trains sont toujours en grève –
Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves
Et y'a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention –
Mais forcément ils descendront déçus à la prochaine station
Y'a celles qui flippent de s'engager parce qu'elles sont trop émotives
Pour elles c'est trop risqué de s'accrocher à la locomotive –
Et y a les aventuriers qu'enchaînent voyage sur voyage
Dès qu'une histoire est terminée, ils attaquent une autre page –
Moi, après mon seul vrai voyage, j'ai souffert pendant des mois
On s'est quitté d'un commun accord... mais elle était plus d'accord que moi –
Depuis je traîne sur le quai et je regarde les trains au départ
Y'a des portes qui s'ouvrent mais dans une gare, je me sens à part
II paraît que les voyages en train finissent mal en général
Si pour toi c'est le cas, accroche-toi et garde le moral –
Car une chose est certaine, il y aura toujours un terminus
Maintenant, tu es prévenu, la prochaine fois, tu prendras le bus.

"Les voyages en train"

Grand Corps Malade

 

 

 
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1月4日

Albert Lozeau -Nocturnes

 
 
 
 

Nocturnes

I

Le vent mélodieux chante dans les pins sombres
Dont les larges bras noirs bougent parmi les ombres
Le ciel s'est étoilé lentement. La forêt
Voit mille yeux bleus s'ouvrir sur son dôme discret,
Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune,
Luire de fins rayons et des flaques de lune.
Parfois vibre un bruit d'aile, et furtif, égaré,
Un oiseau somnambule apparaît, effaré.
Le soir tendre en chantant, doux comme une âme blanche
Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche.
C'est grand comme la nuit et frais comme elle encor.
Et je songe à Vigny, quand éclate le cor !

II

La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves,
De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves,
Qui s'élèvent aux clairs de lune familiers
Comme les papillons nocturnes par milliers.
Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines,
Ils montent incertains vers les lueurs sereines
Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt
Les joignent, qui s'en vont se perdre aussi là-haut...
Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime,
Car il sait que le coeur souvent le plus sublime
Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé
Sa force, et qu'il mourrait s'il en était privé.

III

La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune.
Elle ne charmera pas cette nuit le faune
Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus.
Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus.
Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres,
À sa clarté n'auront que des songes funèbres.
Ah ! Madame la Lune, avec vos traits flétris
Vous ne réjouirez que les chauves-souris !
Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme
Une influence heureuse, et, durant son long somme,
Pour changer le plomb noir qui l'avilit encor,
Voudrez-vous lui verser au coeur des rayons d'or...

 

Albert LOZEAU

 

Albert Lozeau (1878 - 1924) était un poète québécois.

Né à Montréal, il étudie à l'Académie Saint-Jean-Baptiste. À l'âge de dix-huit ans, il est paralysé, ce qui lui permet de développer ses talents littéraires.

Émotif, solitaire et nostalgique, il écrit des vers mélancoliques sur la nature, ce qui lui vaudra d'être inclus dans la littérature du terroir. Il était membre de l'École littéraire de Montréal.

Décédé en 1924, il a été réédité par Pierre Nepveu en 2002.

 

 

12月22日

Cécile Sauvage - Je t'ai écrit au clair de lune

 

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Je t'ai écrit au clair de lune

 

Je t'ai écrit au clair de lune

Sur la petite table ovale,

D'une écriture toute pâle,

Mots tremblés, à peine irisés

Et qui dessinent des baisers.

Car je veux pour toi des baisers

Muets comme l'ombre et légers

Et qu'il y ait le clair de lune

Et le bruit des branches penchées

Sur cette page détachée.

 

Cecile Sauvage      

 

 

 

 

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12月14日

Anatole Le Braz - Au lavoir de Keranglaz

 

 

 

Lavoirs de vannes

 

Au lavoir de Keranglaz

.

L'étang mire des fronts de jeunes lavandières.

Les langues vont jasant au rythme des battoirs,

Et, sur les coteaux gris, étoilés de bruyères,

Le linge blanc s'empourpre à la rougeur des soirs.

 

Au loin, fument des toits, sous les vertes ramées,

Et, droites, dans le ciel, s'élèvent les fumées.

 

Tout proche est le manoir de Keranglaz, vêtu

D'ardoise, tel qu'un preux en sa cotte de maille,

Et des logis de pauvre, aux coiffures de paille,

Se prosternent autour de son pignon pointu.

 

Or, par les sentiers, vient une fille, si svelte

Qu'une tige de blé la prendrait pour sa soeur ;

C'est la dernière enfant d'un patriarche celte,

Et sa beauté pensive est faite de douceur.

 

Elle descend, du pas étrange des statues,

Et, soudain, au lavoir, les langues se sont tues.

 

L'eau même qui susurre au penchant du chemin

Se tait, sous ses pieds nus qui se heurtent aux pierres,

On voit courir des pleurs au long de ses paupières,

Et sa quenouille pend, inerte, de sa main...

 

L'étang mire, joyeux, des fronts de lavandières,

Et sait pourtant quel deuil ils porteront demain !...

 

 

 

Anatole Le Braz

Recueil : Poèmes votifs

 

Anatole Le Braz (de son véritable nom Anatole Le Bras)(2 avril 1859- 20 mars 1926), est un écrivain.

 

Anatole Le Braz est né à Saint-Servais (Côtes-d'Armor). Il est interne au lycée de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), établissement qui porte aujourd'hui son nom, alors que son père instituteur exerce sa fonction en différentes écoles de Bretagne. Enfant, il passe ses vacances dans le Trégor, qui a beaucoup inspiré son œuvre.

 

Il prépare une licence de lettres à Paris et une agrégation de philosophie qu'il ne termine pas pour raisons de santé. Cela ne l'empêche pas d'obtenir en 1886 un poste de professeur de lettres au lycée de Quimper, nomination qui déclenche sa vocation littéraire.

 

À Quimper avec François-Marie Luzel, il collecte des chansons populaires bretonnes qu'ils publieront sous le titre Soniou. Il réalisera par le suite des enquêtes auprès des paysans et des marins de Bretagne, récoltant chansons, contes et légendes populaires. À la suite de ses travaux, il publie notamment La Légende de la mort, Les Saints bretons d'après la tradition populaire et Au Pays des pardons. C'est lui qui gardera et publiera partiellement les manuscrits de Jean-Marie Déguignet.

 

En août 1898, il est président de l'Union régionaliste bretonne créée à Morlaix à la suite de fêtes bretonnes. Il rejoint en 1899 l'Association des bleus de Bretagne.

 

Il passe ensuite maître de conférence puis professeur à la faculté des Lettres de Rennes entre 1901 et 1924. Ses travaux portent sur la Bretagne, le romantisme et sur le théâtre celtique, sujet de sa thèse en 1904. Il est également chargé de mission d'enseignement en Suisse et aux États-Unis.

 

 

12月6日

Baudelaire - La voix

 

 

 

 

 

 

 

La voix

 

Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
Babel sombre, où roman, science, fabliau,
Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
Disait : " La Terre est un gâteau plein de douceur ;
Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
Te faire un appétit d'une égale grosseur. "
Et l'autre : " Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves,
Au delà du possible, au delà du connu ! "
Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
Je te répondis : " Oui ! douce voix ! " C'est d'alors
Que date ce qu'on peut, hélas ! nommer ma plaie
Et ma fatalité. Derrière les décors
De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
Je vois distinctement des mondes singuliers,
Et, de ma clairvoyance extatique victime,
Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
J'aime si tendrement le désert et la mer ;
Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
Mais la Voix me console et dit : " Garde tes songes :
Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ! "

 

Baudelaire

(Les fleurs du mal)

 

 

12月2日

Charles Baudelaire

 
 

Brumes et pluies

 

 

Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,

Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue

D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau

D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

 

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,

Où par les longues nuits la girouette s'enroue,

Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau

Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

 

Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,

Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,

Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

 

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,

- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,

D'endormir la douleur sur un lit hasardeux

 

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

 


 
11月25日

Lamartine -Fais comme moi

 

Fais comme moi :

 

Donne un miroir à la vie.

 

Donne une heure à l'enregistrement de tes impressions,

 

A l'examen silencieux de ta conscience....

 

Il est doux de fixer ces joies qui nous échappent

 

Ou ces larmes qui tombent de nos yeux,

 

Pour les retrouver quelques années après et pour se dire :

 

Voilà donc de quoi j'ai été heureux !

 

Voilà donc de quoi j'ai pleuré !

 

Cela apprend l'instabilité des sentiments et des choses...

 

Lamartine

 


 
11月16日

Paul Verlaine -la bonne chanson

 

 

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J’ai presque peur, en vérité,

Tant je sens ma vie, enlacée

À la radieuse pensée

Qui m’a pris l’âme l’autre été,

 

Tant votre image, à jamais chère,

Habite en ce cœur tout à vous,

Mon cœur uniquement jaloux

De vous aimer et de vous plaire ;

 

Et je tremble, pardonnez-moi

D’aussi franchement vous le dire,

À penser qu’un mot, un sourire

De vous est désormais ma loi,

 

Et qu’il vous suffirait d’un geste,

D’une parole ou d’un clin d’œil,

Pour mettre tout mon être en deuil

De son illusion céleste.

 

Mais plutôt je ne veux vous voir,

L’avenir dut-il m’être sombre

Et fécond en peines sans nombre,

Qu’à travers un immense espoir,

 

Plongé dans ce bonheur suprême

De me dire encore et toujours,

En dépit des mornes retours,

Que je vous aime, que je t’aime !

 

Paul Verlaine

 (1844-1896)

11月11日

Cécile Sauvage - Fuite d'automne

 
 
 
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Fuite d'automne

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Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici

L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi

Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,

Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage

Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;

La brume des terrains rôde autour du bétail

Et parfois le soleil que le brouillard efface

Est rond comme la lune aux marges de l'espace.

Mon âme, sors de l'ombre épaisse de ta chair

C'est le temps dans les prés où le silence est clair,

Où le vent, suspendant son aile de froidure,

Berce dans les rameaux un rêve d'aventure

Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus

La feuille jaune autour des peupliers pointus.

La libellule vole avec un cri d'automne

Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone

A l'enrouement fêlé des branches dans la voix ;

La lumière en faisceaux bruine sur les bois.

Mon âme en robe d'or faite de feuilles mortes

Se donne au tourbillon que la rafale apporte

Et chavire au soleil sur la pointe du pied

Plus vive qu'en avril le sauvage églantier ;

Cependant que de loin elle voit sur la porte,

Écoutant jusqu'au seuil rouler des feuilles mortes,

Mon pauvre corps courbé dans son châle d'hiver.

Et mon âme se sent étrangère à ma chair.

Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes

Refléteront au soir la fleur des lampes roses,

Elle regagnera le masque familier,

Et, servante modeste avec un tablier,

Elle trottinera dans les chambres amères

En retenant des mains le sanglot des chimères.

 

Recueil : Tandis que la terre tourne

Cécile Sauvage

 

 

Cécile Sauvage, « poétesse de la maternité » née à La Roche-sur-Yon (1883-1927), est un écrivain français, mère d'Olivier Messiaen qu'elle éleva, selon lui, dans un « univers féerique ». Elle vécut à Saint-Étienne.

Œuvres

L'âme en bourgeon

Souvent le cœur qu'on croyait mort

 

 

 
11月8日

Aragon -Que serais-je sans toi

 

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QUE SERAIS-JE SANS TOI

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
Que serais-je sans toi que ce balbutiement. 

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines 
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon 
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines 
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines 
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson 
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson. 


Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne 
Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu 
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne 
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne 
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux 
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes 
N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue 
Une corde brisée aux doigts du guitariste 
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe 
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues. 
Terre, terre, voici ses rades inconnues. 

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
Que serais-je sans toi que ce balbutiement. 

Je sais je sais Tout est à faire
Dans ce siècle où la mort campait
Et va voir dans la stratosphère

Si c'est la paix


Éteint ici là-bas qui couve
Le feu court on voit bien comment
Quelqu'un toujours donne à la louve

Un logement


Quelqu'un toujours quelque part rêve
Sur la table d'être le poing
Et sous le manteau de la trêve

Il fait le point


[...]

C'est la paix qui force le crime
À s'agenouiller dans l'aveu
Et qui crie avec les victimes

Cessez le feu
Aragon
(Les Yeux et la mémoire, 1954)

 

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11月3日

Paul Verlaine

 
 
 
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Chanson d'Automne

 

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
De-cà, de-là,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

 

 

Il pleure dans mon coeur

 

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville:
Quelle est cette langueur
Qui pénetre mon coeur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure,
Quoi! Nulle trahison?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir porquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!

Paul Verlaine

 

 

Biographie

Paul Verlaine est un poète français, né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. La famille de Verlaine appartient à la petite bourgeoisie: son père, comme celui de Rimbaud, est capitaine dans l'armée.

Il fait ses études à Paris, puis, est employé à l'Hôtel de Ville. Il fréquente les cafés et salons littéraires parisiens puis, en 1866, collabore au premier Parnasse contemporain et publie les Poèmes saturniens. On y sent l'influence de Charles Baudelaire, cependant que s'y annonce déjà "l'effort vers l'Expression, vers la Sensation rendue" (Lettre à Mallarmé du 22 novembre 1866), qui caractérise sa meilleure poésie.

En 1869, les Fêtes galantes, des fantaisies évoquant le dix-huitième siècle de Watteau, confirment cette orientation. En 1870, il épouse Mathilde Mauté, pour qui il vient de publier La Bonne Chanson. L'année suivante, Arthur Rimbaud survient dans sa vie, et va bouleverser le confort bourgeois dans lequel il s'était installé. Verlaine quitte son épouse pour suivre le jeune poète ardennais en Angleterre et en Belgique. C'est pendant ces voyages qu'il écrira les Romances sans paroles. En 1873, il blesse Rimbaud d'un coup de revolver et est condamné à deux ans de prison, qu'il purge à Bruxelles et à Mons. C'est là, quand il apprend que son épouse a demandé et obtenu une séparation de corps, qu'il se convertit au catholicisme. Il en sortira le livre de Sagesse.

A sa sortie, il se rend à nouveau en Angleterre, puis à Rethel et exerce une charge de professeur. En 1884, il publie un essai sur trois "poètes maudits" (Mallarmé, Tristan Corbière, Rimbaud) qui contribue à le faire connaître. Avec Mallarmé, il est traité comme un maître et un précurseur par les poètes du symbolisme et par les décadents. A partir de 1887, alors que sa célébrité s'accroît, il plonge dans la misère la plus noire. Les productions littéraires de ses dernières années sont purement alimentaires. A cette époque, il partage son temps entre le café et l'hôpital. En 1894, il est couronné "Prince des Poètes" et doté d'une pension.

Usé prématurément, il meurt en 1896, à Paris. Le lendemain de son enterrement, plusieurs quotidiens relatent un événement curieux: dans la nuit qui a suivi les obsèques, la statue de la Poésie, au faîte de l'Opéra, a perdu un bras qui s'est écrasé, avec la lyre qu'il soutenait, à l'endroit où le corbillard de Verlaine venait de passer...

Verlaine demande à la poésie d'être un chant discret et doux, traduisant des impressions indécises. Son Art poétique, composé dès 1874 mais publié en 1882, annonce l'esprit du mouvement symboliste tout en caractérisant l'originalité de son oeuvre:
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

 

 

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10月28日

Francis Cabrel - Je rêve

 

 

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Je rêve

 
 
Le vent a fait s'approcher les nuages
Il fait gris au dessus des plages
Et la mer a l'air triste aussi
Le ciel n'est plus qu'un long tissu de brume
Il va faire une nuit sans lune
Et demain je n'aurai pas dormi
Peut-être je vais rencontrer une dame
Quand j'irai accrocher mon âme
Sur les arêtes des rochers
Mais le vent souffle si fort sur ces pierres
C'est plus la peine que j'espère
L'amour ne peut pas s'y poser
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
Plus loin sur les rocs que la mer assaille
Cheveux et jupon en bataille
Combien de femmes ont attendu
Combien ont crevé leur cœur sur les vagues
Pour celui qui avait l'autre bague
Et qui n'est jamais revenu
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
La mer est plus forte que mon courage
Mais ce soir il y a des nuages
Et je sais qu'elle est triste aussi
Quand ces mots seront devenus des braises
Je monterai sur la falaise
Jeter leurs cendres dans la nuit
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
Je dédie ces mots
Aux amours qui s'achèvent
Je voudrais que tu restes
   

Paroles et Musique: Francis Cabrel  

 1979  "Les chemins de traverse"

 

 
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10月22日

René Char - A****

 

 

 

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A****

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Tu es mon amour depuis tant d’années,

Mon vertige devant tant d’attente,

Que rien ne peut vieillir, froidir ;

Même ce qui attendait notre mort,

Ou lentement sut nous combattre,

Même ce qui nous est étranger,

Et mes éclipses et mes retours.

   

Fermée comme un volet de buis

Une extrême chance compacte

Est notre chaîne de montagnes,

Notre comprimante splendeur.

      

Je dis, ô ma martelée ;

Chacun de nous peut recevoir

La part du mystère de l’autre

Sans en répandre le secret ;

Et la douleur qui vient d’ailleurs

Trouve enfin sa séparation

Dans la chair de notre unité,

Trouve enfin sa route solaire

Au centre de notre nuée

Qu’elle déchire et recommence.

   

Je dis chance comme je le sens.

Tu as élevé le sommet

Que devra franchir mon attente

Quand demain disparaîtra.

 

René Char