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日志


7月18日

Alexandre O'Neill

 

 

Il est des mots dont les baisers
Nous font penser qu’ils ont des lèvres,
Ces mots sont d’amour, ou d’espoir,
D’immense amour, d’espoir sans trêve.
         
Ces mots sont nus et ils embrassent
Lorsque la nuit perd son visage,
Ces mots sont nus et se refusent
Aux murs de ta déconvenue.
         
Des mots soudain hauts en couleur
Au milieu d’autres sans saveur,
Des mots épées, inespérés
Tels la poésie ou l’amour.
          
Voilà le nom de qui l’on aime
Lettre à lettre tout dévoilé
Sur un bout de marbre distrait,
Ou de papier abandonné.
       
Ce sont des mots qui nous transportent
Là où la nuit est la plus forte,
Jusqu’au silence des amants
Qui s’étreignent contre la mort.
 
Alexandre O'Neill
Poète portugais

               

7月6日

Les Bijoux - Baudelaire

 

 

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,


S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !

 

Les bijoux

(Charles Baudelaire, les fleurs du mal)

7月1日

Arthur Rimbaud

 

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Arthur Rimbaud

 

"Voyelles" est de loin le plus célèbre des poèmes de Rimbaud.
Il est vrai que ce poème de Rimbaud partage
avec les "Correspondances" de Baudelaire le privilège
d'être l'un des textes le plus souvent soumis à la réflexion.
Tous deux ont cherché à découvrir au-delà des apparences
le sens profond du mystère universel. Rédigé dans les
semaines qui suivent les "Lettres du voyant",
recopié par Verlaine et reproduit dans ses Poètes maudits,
le fameux sonnet se prête évidement à de nombreuses interrogations.

On pourrait voir dans ce sonnet un simple exercice d'audition colorée,
un truquage poétique sur des voyelles, ou même un canular.
Le poème n'a pas fini de faire couler l'encre et c'était certainement le but.
"Voyelles" est avant tout un poème d'éveil qui cherche
à parler et à faire parler.
L'exercice de style pourrait paraître ludique mais n'en est pas moins fécond
car il témoigne de l'arbitraire de tout jeu associatif.
"Voyelles" restera le texte le plus représentatif
de ce dépassement rimbaldien, à la recherche de ses visions,
de son voyage, de sa voyance. La touche finale de "Ses Yeux"
qui s'arrête sur le violet, ultime couleur du spectre solaire
fait de "Voyelles" le texte le plus moderne écrit par Rimbaud.