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    June 30

    Guillaume Apollinaire

     

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    Tu m'as parlé de vice en ta lettre d'hier
    Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
    Il n'est plus qu'un grain de sable dans la mer
    Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

    Nous pouvons faire agir l'imagination
    Faire danser nos sens sur les débris du monde
    Nous énerver jusqu'à l'exaspération
    Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

    Nous pouvons défier la mort et son destin
    Quand nos dents claqueront en claquement panique
    Nous pouvons appeler soir ce qu'on dit matin

    Tu peux déifier ma volonté sauvage
    Tu peux me prosterner comme vers un autel
    Devant ta croupe qu'ensanglantera ma rage
    Nos amours resteront purs comme un beau ciel

    Qu'importe qu'essoufflés muets bouches ouvertes
    Ainsi que de canons tombés de leur affût
    Brisés de trop s'aimer nos corps restent inertes
    Notre amour restera bien toujours ce qu'il fût

    Ennoblissons mon coeur l'imagination
    La pauvre humanité bien souvent n'en a guère
    Le vice en tout cela n'est qu'une illusion
    Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires



     Guillaume Apollinaire

    June 24

    C'est extra

     

     

     

    C'est extra

     

    Une robe de cuir comme un fuseau
    Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
    Et dedans comme un matelot
    Une fille qui tangue un air anglais
    C'est extra
    Un moody blues qui chante la nuit
    Comme un satin de blanc d'marié
    Et dans le port de cette nuit
    Une fille qui tangue et vient mouiller

    C'est extra c'est extra
    C'est extra c'est extra

    Des cheveux qui tombent comme le soir
    Et d'la musique en bas des reins
    Ce jazz qui d'jazze dans le noir
    Et ce mal qui nous fait du bien
    C'est extra
    Ces mains qui jouent de l'arc-en-ciel
    Sur la guitare de la vie
    Et puis ces cris qui montent au ciel
    Comme une cigarette qui brille

    C'est extra c'est extra
    C'est extra c'est extra

    Ces bas qui tiennent hauts perchés
    Comme les cordes d'un violon
    Et cette chair que vient troubler
    L'archet qui coule ma chanson
    C'est extra
    Et sous le voile à peine clos
    Cette touffe de noir jésus
    Qui ruisselle dans son berceau
    Comme un nageur qu'on attend plus

    C'est extra c'est extra
    C'est extra c'est extra

    Une robe de cuir comme un oubli
    Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
    Et dedans comme un matin gris
    Une fille qui tangue et qui se tait
    C'est extra
    Les moody blues qui s'en balancent
    Cet ampli qui n'veut plus rien dire
    Et dans la musique du silence
    Une fille qui tangue et vient mourir

    C'est extra
    C'est extra
    C'est extra
    C'est extra

     

     

    . Léo Ferré  

    1969

    Paroles et Musique

    .

    June 16

    Arthur Rimbaud – Premiere soirée

     

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    Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près.
               
    Assise sur ma grande chaise,
    Mi-nue, elle joignait les mains.
    Sur le plancher frissonnaient d'aise
    Ses petits pieds si fins, si fins.
                     
    Je regardai, couleur de cire,
    Un petit rayon buissonnier
    Papillonner dans son sourire
    Et sur son sein, - mouche au rosier.
                        
    Je baisai ses fines chevilles.
    Elle eut un doux rire brutal
    Qui s'égrenait en claires trilles,
    Un joli rire de cristal.
                           
    Les petits pieds sous la chemise
    Se sauvèrent : " Veux-tu finir ! "
    La première audace permise,
    Le rire feignait de punir !
                         
    Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
    Je baisai doucement ses yeux :
    Elle jeta sa tête mièvre
    En arrière : " Oh ! c'est encor mieux !...
                         
    Monsieur, j'ai deux mots à te dire... "
    Je lui jetai le reste au sein
    Dans un baiser, qui la fit rire
    D'un bon rire qui voulait bien...
                   
    Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets

     

    Arthur Rimbaud – Premiere soirée