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日志


6月23日

René Char

 

 

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.
 Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union."
 
René Char
 

Poète exigeant et méconnu, René Char demeure une énigme. Presque vingt ans après sa mort, une seule biographie ("L’éclair au front, la vie de René Char" de Laurent Greilsamer, Fayard 2004) a tenté d’éclairer les heures sombres de ce personnage solaire. La fréquentation des surréalistes, qu’il influença; la guerre, où il fut un chef de maquis redoutable; la philosophie d’Albert Camus, dont il fut un frère de lettres. Artiste provincial admiré par les intellectuels parisiens, René Char a toujours refusé de se laisser enfermer dans une case. Libre et rétif aux modes, il le resta jusqu’à son dernier souffle, le 19 février 1988.

Ours pour les uns, guerrier des mots pour les autres, il laisse une œuvre majeure du XXe siècle et le souvenir d’un homme hors du commun et terriblement attachant. A l’Isle sur la Sorgue, dans le Vaucluse, une Maison René Char expose sa vie et son œuvre. Indispensable pour comprendre une poésie intensément ancrée dans une terre sèche et violente.

6月14日

Charles Morice

 

 

Même la fleur de ses cheveux languit, et midi brûle
Sur la mer dont l’eau lasse et lente avec langueur ondule
Et miroite, et midi brûle dans les bois, et midi
Brûle dans les cases. Pas un souffle, L’air engourdi
Pesant, sec, est fait de chaleur condensée et solide.
Tout semble mort. L’Ile est déserte, comme le ciel vide,
Et dès longtemps a cessé l’agitation du port.
Tout dort. Sauf le soleil et ses chiens de flammes, tout dort.
               
Téhura dort, nue et seule sur sa couchette étroite.
La fenêtre est close de rideaux lourds, mais sa peau moite
S’étoile de points d’or fauve dans la demi-clarté,
Et Téhura dort, à l’abandon, avec volupté.
Soudain, elle tremble, frissonne et frémit tout entière :
L’esprit des morts veille ! Téhira sent sur ses paupière
Passer le vent de l’aile affreuse des Tupapaüs.
         
Puis le cauchemar s’évanouit et des songes doux
Conduisent la dormeuse à la porte crépusculaire
De la sieste. Elle entr’ouvre ses yeux : la fureur solaire
Est apaisée, on renaît, on respire – et Téhura
Se lève et vers la vie et vers l’amour tend ses beaux bras.
 
 
Charles Morice (1861-1919)