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    April 18

    Aimé Césaire

     

    Cahier d'un retour au pays natal 

    J'ai adoré ce livre

    En voici un extrait

     

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    Cahier d'un retour au pays natal  -  extraits


    Partir.
    Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
    panthères, je serais un homme-juif
    un homme-cafre
    un homme-hindou-de-Calcutta
    un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

    l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
    on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
    de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
    de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
    un homme-juif
    un homme-pogrom
    un chiot
    un mendigot

    mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
    face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
    dans sa soupière un crâne de Hottentot?

    Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
    dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
    humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
    en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
    Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir
    et toi terre tendue terre saoule
    terre grand sexe levé vers le soleil
    terre grand délire de la mentule de Dieu
    terre sauvage montée des resserres de la mer avec
    dans la bouche une touffe de cécropies
    terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
    la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
    guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
    hommes

    Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

    Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

    Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
    Et je lui dirais encore :
    « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

    Et venant je me dirais à moi-même :
    « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...
    »

     

    Aimé Césaire

    Aimé Fernand David Césaire

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    Prophétie

     

    où l'aventure garde les yeux clairs

    là où les femmes rayonnent de langage

    là où la mort est belle dans la main comme un oiseau

    saison de lait

    là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe

    de prunelles plus violent que des chenilles

    là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

     

    là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

     

    là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche

    plus ardente que la nuit

    là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève

    à rebours la face du temps

    là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain

    à l'espoir et l'infant à la reine,

     

    d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan

    d'avoir gémi dans le désert

    d'avoir crié vers mes gardiens

    d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

     

    je regarde

    la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant

    de la scène ourle un instant la lave

    de sa fragile queue de paon puis se déchirant

    la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et

    je la regarde en îles britanniques en îlots

    en rochers déchiquetés se fondre

    peu à peu dans la mer lucide de l'air

    où baignent prophétiques

    ma gueule

    ma révolte

    mon nom.

     

     

    Aimé Césaire

     

     

    Aimé Césaire, de son nom complet Aimé Fernand David Césaire, est un poète et homme politique français né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique) et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France[1] Il fut l'un des fondateurs du mouvement littéraire la négritude et un anticolonialiste résolu.

     

    April 15

    Gérard de Nerval

          . 

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     Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses
    Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;
    Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
    Et ne les donner qu’à l’amour.

    Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure,
    Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ;
    Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
    Toujours celle qui va sonner.

    Et retenez-la bien au gré de votre envie,
    Comme le seul instant que votre âme rêva ;
    Comme si le bonheur de la plus longue vie
    Était dans l’heure qui s’en va.

      Vous trouverez toujours, depuis l’heure première
    Jusqu’à l’heure de nuit qui parle douze fois,
    Les vignes, sur les monts, inondés de lumière,
    Les myrtes à l’ombre des bois.

    Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ;
    Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé,
    Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines
    Et donne l’oubli du passé.

    Que l’heure de l’amour d’une autre soit suivie,
    Savourez le regard qui vient de la beauté ;
    Être seul, c’est la mort ! Être deux, c’est la vie !
    L’amour c’est l’immortalité !

     

    Gérard de Nerval

    April 09

    Pierre de Ronsard

     

     

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    Maîtresse, embrasse-moi

     

    Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,

    Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,

    Mille et mille baisers donne-moi je te prie,

    Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi.

                

    Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi

    Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,

    A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),

    N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

                 

    En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,

    Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes

    Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

                 

    Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,

    Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,

    Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.

     

    Pierre de Ronsard

     

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