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    December 22

    Cécile Sauvage - Je t'ai écrit au clair de lune

     

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    Je t'ai écrit au clair de lune

     

    Je t'ai écrit au clair de lune

    Sur la petite table ovale,

    D'une écriture toute pâle,

    Mots tremblés, à peine irisés

    Et qui dessinent des baisers.

    Car je veux pour toi des baisers

    Muets comme l'ombre et légers

    Et qu'il y ait le clair de lune

    Et le bruit des branches penchées

    Sur cette page détachée.

     

    Cecile Sauvage      

     

     

     

     

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    December 14

    Anatole Le Braz - Au lavoir de Keranglaz

     

     

     

    Lavoirs de vannes

     

    Au lavoir de Keranglaz

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    L'étang mire des fronts de jeunes lavandières.

    Les langues vont jasant au rythme des battoirs,

    Et, sur les coteaux gris, étoilés de bruyères,

    Le linge blanc s'empourpre à la rougeur des soirs.

     

    Au loin, fument des toits, sous les vertes ramées,

    Et, droites, dans le ciel, s'élèvent les fumées.

     

    Tout proche est le manoir de Keranglaz, vêtu

    D'ardoise, tel qu'un preux en sa cotte de maille,

    Et des logis de pauvre, aux coiffures de paille,

    Se prosternent autour de son pignon pointu.

     

    Or, par les sentiers, vient une fille, si svelte

    Qu'une tige de blé la prendrait pour sa soeur ;

    C'est la dernière enfant d'un patriarche celte,

    Et sa beauté pensive est faite de douceur.

     

    Elle descend, du pas étrange des statues,

    Et, soudain, au lavoir, les langues se sont tues.

     

    L'eau même qui susurre au penchant du chemin

    Se tait, sous ses pieds nus qui se heurtent aux pierres,

    On voit courir des pleurs au long de ses paupières,

    Et sa quenouille pend, inerte, de sa main...

     

    L'étang mire, joyeux, des fronts de lavandières,

    Et sait pourtant quel deuil ils porteront demain !...

     

     

     

    Anatole Le Braz

    Recueil : Poèmes votifs

     

    Anatole Le Braz (de son véritable nom Anatole Le Bras)(2 avril 1859- 20 mars 1926), est un écrivain.

     

    Anatole Le Braz est né à Saint-Servais (Côtes-d'Armor). Il est interne au lycée de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), établissement qui porte aujourd'hui son nom, alors que son père instituteur exerce sa fonction en différentes écoles de Bretagne. Enfant, il passe ses vacances dans le Trégor, qui a beaucoup inspiré son œuvre.

     

    Il prépare une licence de lettres à Paris et une agrégation de philosophie qu'il ne termine pas pour raisons de santé. Cela ne l'empêche pas d'obtenir en 1886 un poste de professeur de lettres au lycée de Quimper, nomination qui déclenche sa vocation littéraire.

     

    À Quimper avec François-Marie Luzel, il collecte des chansons populaires bretonnes qu'ils publieront sous le titre Soniou. Il réalisera par le suite des enquêtes auprès des paysans et des marins de Bretagne, récoltant chansons, contes et légendes populaires. À la suite de ses travaux, il publie notamment La Légende de la mort, Les Saints bretons d'après la tradition populaire et Au Pays des pardons. C'est lui qui gardera et publiera partiellement les manuscrits de Jean-Marie Déguignet.

     

    En août 1898, il est président de l'Union régionaliste bretonne créée à Morlaix à la suite de fêtes bretonnes. Il rejoint en 1899 l'Association des bleus de Bretagne.

     

    Il passe ensuite maître de conférence puis professeur à la faculté des Lettres de Rennes entre 1901 et 1924. Ses travaux portent sur la Bretagne, le romantisme et sur le théâtre celtique, sujet de sa thèse en 1904. Il est également chargé de mission d'enseignement en Suisse et aux États-Unis.

     

     

    December 06

    Baudelaire - La voix

     

     

     

     

     

     

     

    La voix

     

    Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
    Babel sombre, où roman, science, fabliau,
    Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
    Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
    Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
    Disait : " La Terre est un gâteau plein de douceur ;
    Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
    Te faire un appétit d'une égale grosseur. "
    Et l'autre : " Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves,
    Au delà du possible, au delà du connu ! "
    Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
    Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
    Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
    Je te répondis : " Oui ! douce voix ! " C'est d'alors
    Que date ce qu'on peut, hélas ! nommer ma plaie
    Et ma fatalité. Derrière les décors
    De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
    Je vois distinctement des mondes singuliers,
    Et, de ma clairvoyance extatique victime,
    Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
    Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
    J'aime si tendrement le désert et la mer ;
    Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
    Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
    Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
    Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
    Mais la Voix me console et dit : " Garde tes songes :
    Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ! "

     

    Baudelaire

    (Les fleurs du mal)

     

     

    December 02

    Charles Baudelaire

     
     

    Brumes et pluies

     

     

    Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,

    Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue

    D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau

    D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

     

    Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,

    Où par les longues nuits la girouette s'enroue,

    Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau

    Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

     

    Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,

    Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,

    Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

     

    Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,

    - Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,

    D'endormir la douleur sur un lit hasardeux

     

    Charles BAUDELAIRE (1821-1867)