MicheLLe's profileNota BenePhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    November 25

    Lamartine -Fais comme moi

     

    Fais comme moi :

     

    Donne un miroir à la vie.

     

    Donne une heure à l'enregistrement de tes impressions,

     

    A l'examen silencieux de ta conscience....

     

    Il est doux de fixer ces joies qui nous échappent

     

    Ou ces larmes qui tombent de nos yeux,

     

    Pour les retrouver quelques années après et pour se dire :

     

    Voilà donc de quoi j'ai été heureux !

     

    Voilà donc de quoi j'ai pleuré !

     

    Cela apprend l'instabilité des sentiments et des choses...

     

    Lamartine

     


     
    November 16

    Paul Verlaine -la bonne chanson

     

     

    img383/1285/img2950em1.jpg

     

     

    J’ai presque peur, en vérité,

    Tant je sens ma vie, enlacée

    À la radieuse pensée

    Qui m’a pris l’âme l’autre été,

     

    Tant votre image, à jamais chère,

    Habite en ce cœur tout à vous,

    Mon cœur uniquement jaloux

    De vous aimer et de vous plaire ;

     

    Et je tremble, pardonnez-moi

    D’aussi franchement vous le dire,

    À penser qu’un mot, un sourire

    De vous est désormais ma loi,

     

    Et qu’il vous suffirait d’un geste,

    D’une parole ou d’un clin d’œil,

    Pour mettre tout mon être en deuil

    De son illusion céleste.

     

    Mais plutôt je ne veux vous voir,

    L’avenir dut-il m’être sombre

    Et fécond en peines sans nombre,

    Qu’à travers un immense espoir,

     

    Plongé dans ce bonheur suprême

    De me dire encore et toujours,

    En dépit des mornes retours,

    Que je vous aime, que je t’aime !

     

    Paul Verlaine

     (1844-1896)

    November 11

    Cécile Sauvage - Fuite d'automne

     
     
     
    img100/5624/borddefleuvevy2.jpg
     
     

    Fuite d'automne

    .

    Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici

    L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi

    Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,

    Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage

    Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;

    La brume des terrains rôde autour du bétail

    Et parfois le soleil que le brouillard efface

    Est rond comme la lune aux marges de l'espace.

    Mon âme, sors de l'ombre épaisse de ta chair

    C'est le temps dans les prés où le silence est clair,

    Où le vent, suspendant son aile de froidure,

    Berce dans les rameaux un rêve d'aventure

    Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus

    La feuille jaune autour des peupliers pointus.

    La libellule vole avec un cri d'automne

    Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone

    A l'enrouement fêlé des branches dans la voix ;

    La lumière en faisceaux bruine sur les bois.

    Mon âme en robe d'or faite de feuilles mortes

    Se donne au tourbillon que la rafale apporte

    Et chavire au soleil sur la pointe du pied

    Plus vive qu'en avril le sauvage églantier ;

    Cependant que de loin elle voit sur la porte,

    Écoutant jusqu'au seuil rouler des feuilles mortes,

    Mon pauvre corps courbé dans son châle d'hiver.

    Et mon âme se sent étrangère à ma chair.

    Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes

    Refléteront au soir la fleur des lampes roses,

    Elle regagnera le masque familier,

    Et, servante modeste avec un tablier,

    Elle trottinera dans les chambres amères

    En retenant des mains le sanglot des chimères.

     

    Recueil : Tandis que la terre tourne

    Cécile Sauvage

     

     

    Cécile Sauvage, « poétesse de la maternité » née à La Roche-sur-Yon (1883-1927), est un écrivain français, mère d'Olivier Messiaen qu'elle éleva, selon lui, dans un « univers féerique ». Elle vécut à Saint-Étienne.

    Œuvres

    L'âme en bourgeon

    Souvent le cœur qu'on croyait mort

     

     

     
    November 08

    Aragon -Que serais-je sans toi

     

    img118/537/bichromie28xo0.jpg

    QUE SERAIS-JE SANS TOI

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement. 

    J'ai tout appris de toi sur les choses humaines 
    Et j'ai vu désormais le monde à ta façon 
    J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines 
    Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines 
    Comme au passant qui chante on reprend sa chanson 
    J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson. 


    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

    J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne 
    Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu 
    Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne 
    Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne 
    Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux 
    Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

    Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes 
    N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue 
    Une corde brisée aux doigts du guitariste 
    Et pourtant je vous dis que le bonheur existe 
    Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues. 
    Terre, terre, voici ses rades inconnues. 

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre 
    Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant 
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre 
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement. 

    Je sais je sais Tout est à faire
    Dans ce siècle où la mort campait
    Et va voir dans la stratosphère

    Si c'est la paix


    Éteint ici là-bas qui couve
    Le feu court on voit bien comment
    Quelqu'un toujours donne à la louve

    Un logement


    Quelqu'un toujours quelque part rêve
    Sur la table d'être le poing
    Et sous le manteau de la trêve

    Il fait le point


    [...]

    C'est la paix qui force le crime
    À s'agenouiller dans l'aveu
    Et qui crie avec les victimes

    Cessez le feu
    Aragon
    (Les Yeux et la mémoire, 1954)

     

    img339/6302/bichromie29ql4.jpg

     
    Découvrez
    Jean Ferrat!

     

     

     

     

    November 03

    Paul Verlaine

     
     
     
    img134/810/leondeviolonku6.jpg

     

    Chanson d'Automne

     

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l'automne
    Blessent mon coeur
    D'une langueur
    Monotone

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l'heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure ;

    Et je m'en vais
    Au vent mauvais
    Qui m'emporte
    De-cà, de-là,
    Pareil à la
    Feuille morte.

    Paul Verlaine

     

     

    Il pleure dans mon coeur

     

    Il pleure dans mon coeur
    Comme il pleut sur la ville:
    Quelle est cette langueur
    Qui pénetre mon coeur?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits!
    Pour un coeur qui s'ennuie
    Ô le chant de la pluie!

    Il pleure sans raison
    Dans ce coeur qui s'écoeure,
    Quoi! Nulle trahison?...
    Ce deuil est sans raison.

    C'est bien la pire peine
    De ne savoir porquoi
    Sans amour et sans haine
    Mon coeur a tant de peine!

    Paul Verlaine

     

     

    Biographie

    Paul Verlaine est un poète français, né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. La famille de Verlaine appartient à la petite bourgeoisie: son père, comme celui de Rimbaud, est capitaine dans l'armée.

    Il fait ses études à Paris, puis, est employé à l'Hôtel de Ville. Il fréquente les cafés et salons littéraires parisiens puis, en 1866, collabore au premier Parnasse contemporain et publie les Poèmes saturniens. On y sent l'influence de Charles Baudelaire, cependant que s'y annonce déjà "l'effort vers l'Expression, vers la Sensation rendue" (Lettre à Mallarmé du 22 novembre 1866), qui caractérise sa meilleure poésie.

    En 1869, les Fêtes galantes, des fantaisies évoquant le dix-huitième siècle de Watteau, confirment cette orientation. En 1870, il épouse Mathilde Mauté, pour qui il vient de publier La Bonne Chanson. L'année suivante, Arthur Rimbaud survient dans sa vie, et va bouleverser le confort bourgeois dans lequel il s'était installé. Verlaine quitte son épouse pour suivre le jeune poète ardennais en Angleterre et en Belgique. C'est pendant ces voyages qu'il écrira les Romances sans paroles. En 1873, il blesse Rimbaud d'un coup de revolver et est condamné à deux ans de prison, qu'il purge à Bruxelles et à Mons. C'est là, quand il apprend que son épouse a demandé et obtenu une séparation de corps, qu'il se convertit au catholicisme. Il en sortira le livre de Sagesse.

    A sa sortie, il se rend à nouveau en Angleterre, puis à Rethel et exerce une charge de professeur. En 1884, il publie un essai sur trois "poètes maudits" (Mallarmé, Tristan Corbière, Rimbaud) qui contribue à le faire connaître. Avec Mallarmé, il est traité comme un maître et un précurseur par les poètes du symbolisme et par les décadents. A partir de 1887, alors que sa célébrité s'accroît, il plonge dans la misère la plus noire. Les productions littéraires de ses dernières années sont purement alimentaires. A cette époque, il partage son temps entre le café et l'hôpital. En 1894, il est couronné "Prince des Poètes" et doté d'une pension.

    Usé prématurément, il meurt en 1896, à Paris. Le lendemain de son enterrement, plusieurs quotidiens relatent un événement curieux: dans la nuit qui a suivi les obsèques, la statue de la Poésie, au faîte de l'Opéra, a perdu un bras qui s'est écrasé, avec la lyre qu'il soutenait, à l'endroit où le corbillard de Verlaine venait de passer...

    Verlaine demande à la poésie d'être un chant discret et doux, traduisant des impressions indécises. Son Art poétique, composé dès 1874 mais publié en 1882, annonce l'esprit du mouvement symboliste tout en caractérisant l'originalité de son oeuvre:
    De la musique avant toute chose,
    Et pour cela préfère l'Impair
    Plus vague et plus soluble dans l'air,
    Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

     

     

     

    .