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日志


11月25日

Charles Baudelaire

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La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

 

11月14日

Pablo Neruda

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Ton Silence.

 

Ton Silence m'enchante et ce semblant d'absence

Quand tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne.

On dirait que tes yeux viennent de s'envoler,

On dirait qu'un baiser t'a refermé la bouche.

 

Comme tout ce qui est empli de mon âme

Tu émerges de tout, pleine de l'âme mienne.

Papillon inventé, tu ressembles à mon âme,

Tu ressembles aussi au mot mélancolie.

 

Ton silence m'enchante et cet air d'être loin.

Tu te plains, dirait-on, roucoulant papillon.

Et tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne

Laisse-moi faire Silence dans ton Silence.

 

Laisse-moi te parler aussi par ton Silence

Simple comme un anneau et clair comme une lampe.

Tu es comme la nuit, constellée, silencieuse.

Ton Silence est d'étoile, aussi lointain et simple.

 

J'aime quand tu te tais car tu es comme absente.

Comme si tu mourrais, distante et douloureuse.

Il ne faut qu'un sourire, et un seul mot suffit

A me rendre joyeux : rien de cela n'était.

 

Pablo Neruda.

 

 
 
 
11月5日

Charles Baudelaire

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Il faut être toujours ivre.
Tout est là : c'est l'unique question.
Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps
Qui brise vos épaules et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi?
De vin, de poésie ou de vertu,
à votre guise, Mais enivrez-vous,
Et si quelquefois,
sur les marches d'un palais,
sur l'herbe verte d'un fossé ,
dans la solitude morne de votre chambre,
vous vous réveillez,
l'ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent, à la vague, à l'étoile,
à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit,
à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule,
à tout ce qui chante, à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est;
et le vent, la vague, l'étoile,
l'oiseau, l'horloge, vous répondront :
"Il est l'heure de s'enivrer!
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous; Enivrez-vous sans cesse !
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Charles Baudelaire