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January 28
Ruines du coeur
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Mon coeur était jadis comme un palais romain,
Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
L'envahirent, la hache ou la torche à la main.
Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;
Et les ronces avaient effacé le chemin.
Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.
Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
Passèrent, et j'ai, là, vécu d'horribles jours ;
Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
Et, bravement, afin de loger nos amours,
Des débris du palais j'ai bâti ma chaumière.
Francois Coppee
Recueil : L'arrière-saison
François Édouard Joachim Coppée (né à Paris au 2, rue de l'Abbé Grégoire, le 26 janvier 1842, décédé à Paris au 12, rue Oudinot le 23 mai 1908) est un poète, dramaturge et romancier français.
Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète du souvenir d'une première rencontre amoureuse (« Septembre, au ciel léger »), de la nostalgie d'une autre existence (« Je suis un pâle enfant du vieux Paris ») ou de la beauté du crépuscule (« Le crépuscule est triste et doux ») il rencontra un grand succès populaire avant de tomber dans l'oubli.
En vers et en prose Coppée s’appliqua à exprimer l'émotion humaine de la façon la plus simple : le patriotisme instinctif, la joie d’un nouvel amour et la pitié envers les pauvres, traitant chacun de ces sujets avec sympathie et pénétration. La poésie lyrique et idyllique, grâce à laquelle on continuera à se souvenir de lui, est animée par un charme musical et à quelques occasions, comme La Bénédiction et La Grève des forgerons, montre par moments un puissant pouvoir d'expression.
January 21
Je te rencontre.
Je me souviens de Toi.
Cette ville était faite à la taille de l'Amour.
Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui es-tu ?
Tu me tues.
J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.
Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi.
Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi,
ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon Amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lèvera plus pour personne.
Jamais. Jamais plus. Enfin.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous n'aurons plus rien d'autre à faire,
plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra.
Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.
Le nom s'en effacera peu à peu de notre mémoire.
Puis, il disparaîtra tout à fait.
M.Duras
Hiroshima mon amour
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January 11
Je crois que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train – Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un – Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare – Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard Les trains démarrent souvent au moment où on s'y attend le moins Et l'histoire d'amour t'emporte sous l'oeil impuissant des témoins Les témoins, c'est tes potes qui te disent au revoir sur le quai – Ils regardent le train s'éloigner avec un sourire inquiet Toi aussi tu leur fais signe et t'imagines leurs commentaires- Certains pensent que tu te plantes et que t'as pas les pieds sur terre – Chacun y va de son pronostic sur la durée du voyage Pour la plupart, le train va dérailler dès le premier orage Le grand amour change forcément ton comportement – Dès le premier jour, faut bien choisir ton compartiment – Siège couloir ou contre la vitre, il faut trouver fa bonne place – Tu choisis quoi : une love story de première ou de seconde classe – Dans les premiers kilomètres, tu n'as d'yeux que pour son visage Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages Tu te sens vivant, tu te sens léger et tu ne vois pas passer l'heure T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur – Mais la magie ne dure qu'un temps et ton histoire bat de l'aile Toi tu dis que tu n'y es pour rien c'est sa faute à elle – Le ronronnement du train te saoule et chaque virage t'écœure Faut que tu te lèves, que tu marches, tu vas te dégourdir le cœur- Et le train ralentit, c'est déjà la fin de ton histoire En plus t'es comme un con, tes potes sont restés à l'autre gare – Tu dis au revoir à celle que t'appelleras désormais ton ex Dans son agenda, sur ton nom, elle va passer un coup de T-Pex C'est vrai que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare – Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard Pour beaucoup, la vie se résume à essayer de monter dans le train – A connaître ce qu'est l'amour et se découvrir plein d'entrain Pour beaucoup l'objectif est d'arriver à la bonne heure Pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur Il est facile de prendre un train, encore faut-il prendre le bon Moi je suis monté dans 2-3 rames mais c'était pas le bon wagon Car les trains sont capricieux et certains sont inaccessibles Et je ne crois pas tout le temps qu' « avec la SNCF, c'est possible » - Il y a ceux pour qui les trains sont toujours en grève – Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves Et y'a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention – Mais forcément ils descendront déçus à la prochaine station Y'a celles qui flippent de s'engager parce qu'elles sont trop émotives Pour elles c'est trop risqué de s'accrocher à la locomotive – Et y a les aventuriers qu'enchaînent voyage sur voyage Dès qu'une histoire est terminée, ils attaquent une autre page – Moi, après mon seul vrai voyage, j'ai souffert pendant des mois On s'est quitté d'un commun accord... mais elle était plus d'accord que moi – Depuis je traîne sur le quai et je regarde les trains au départ Y'a des portes qui s'ouvrent mais dans une gare, je me sens à part II paraît que les voyages en train finissent mal en général Si pour toi c'est le cas, accroche-toi et garde le moral – Car une chose est certaine, il y aura toujours un terminus Maintenant, tu es prévenu, la prochaine fois, tu prendras le bus.
"Les voyages en train"
Grand Corps Malade
January 04

Nocturnes
I
Le vent mélodieux chante dans les pins sombres Dont les larges bras noirs bougent parmi les ombres Le ciel s'est étoilé lentement. La forêt Voit mille yeux bleus s'ouvrir sur son dôme discret, Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune, Luire de fins rayons et des flaques de lune. Parfois vibre un bruit d'aile, et furtif, égaré, Un oiseau somnambule apparaît, effaré. Le soir tendre en chantant, doux comme une âme blanche Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche. C'est grand comme la nuit et frais comme elle encor. Et je songe à Vigny, quand éclate le cor !
II
La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves, De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves, Qui s'élèvent aux clairs de lune familiers Comme les papillons nocturnes par milliers. Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines, Ils montent incertains vers les lueurs sereines Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt Les joignent, qui s'en vont se perdre aussi là-haut... Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime, Car il sait que le coeur souvent le plus sublime Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé Sa force, et qu'il mourrait s'il en était privé.
III
La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune. Elle ne charmera pas cette nuit le faune Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus. Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus. Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres, À sa clarté n'auront que des songes funèbres. Ah ! Madame la Lune, avec vos traits flétris Vous ne réjouirez que les chauves-souris ! Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme Une influence heureuse, et, durant son long somme, Pour changer le plomb noir qui l'avilit encor, Voudrez-vous lui verser au coeur des rayons d'or...
Albert LOZEAU
Albert Lozeau (1878 - 1924) était un poète québécois.
Né à Montréal, il étudie à l'Académie Saint-Jean-Baptiste. À l'âge de dix-huit ans, il est paralysé, ce qui lui permet de développer ses talents littéraires.
Émotif, solitaire et nostalgique, il écrit des vers mélancoliques sur la nature, ce qui lui vaudra d'être inclus dans la littérature du terroir. Il était membre de l'École littéraire de Montréal.
Décédé en 1924, il a été réédité par Pierre Nepveu en 2002.
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