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MicheLLe .

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Nota Bene

L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible.
July 07

Paul Eluard

 

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Le désespoir besoin d'aimer

 

Au mal
            
L'orage avorte la pluie pèle
Et le soleil sonne le creux
Soufflez gorets râlez corbeaux
Jeunesse bave dans les caves
    
Le froid noir s'installe aux lucarnes
Faute de vivre l'on vivote
Savoir fait l'aumône aux ignares
La rouille a des racines d'or
             
La belle chair est une ortie
La lèvre gèle en un baiser
On glisse dans la boue du cœur
Les morts habitent des palais
             
Qui que tu sois saisis une arme
Et venge-toi de ce désastre
Les miroirs ont proliféré
Pour qu'on cesse un soir de s'y voir.
             
 
Au bien
                  
Merveille c'est d'aimer encore
Malgré ce mur illimité
Comme un mineur qui songe au jour
Le jour son cœur le fait monter
Tu n'es pas là ton corps existe
Et les étoiles de tes mains
Disparues sont toujours présentes
                   
Vois le poète se transforme
Je rêve j'ai toujours rêvé
Au crépuscule en négatif
Et la merveille aurait pu être
De ne pas naître d'être absent
Mais toi tu vaux d'avoir été
Et d'être en dépit du néant
                       
Je sais tes seins je sais ton cœur
Tes yeux qui s'ouvrent en mes yeux
Malgré mon vieux rêve d'aveugle
T'aimer chante assez haut la nuit
Pour allumer un autre monde
Que celui de ma propre vie
T'aimer me rend à tous les hommes
.

 

Paul Eluard

 

 

 

June 16

Jacques Prévert - Dans ma maison

 
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.

Dans ma maison

Dans ma maison vous viendrez
D'ailleurs ce n'est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n'y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n'est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C'est-à-dire rien de sérieux
Quelque fois le matin
Je poussais des cris d'animaux
Je gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Il faut être bête comme l'homme l'est souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pied gai comme un pinson
Le pinson n'est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson
D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça
C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson

Comme c'est curieux les noms
Martin Hugo de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et pas comme ça
Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert
L'empereur s'appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms
Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi
Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça

Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.

 

Jacques Prévert

1900-1977)

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June 04

Paul Eluard

 

 

 

Tempête

 

Notre silence fera taire la tempête

Assagira le feuillage profond

 

J’ai dans les mains deux mains abandonnées

Ce bateau s’enfonçait à jamais dans brume

 

De loin en loin qui dit la haine

De proche en proche dit l’amour

 

Les yeux d’air vif souveraine innocente

Les seins légers elle riait de tout

 

Et la mer dispersa le sable de son trône.

 

Paul Eluard

 

 

 

.

 

May 27

Jacques Prévert-Le jardin

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Le jardin

Des milliers et des milliers d'années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d'éternité
Où tu m'as embrassé
Où je t'ai embrassée
Un matin dans la lumière de l'hiver
Au parc Montsouris à Paris
À Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.

 

Jacques Prévert

 

 
 
May 05

Hélène Grimaud

 

 

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Le charme immense des petites filles, tendre et vénéneux, c’est qu’elles tirent de la nature leur vérité intime.

 

Leurs yeux voient, leur langue connaît le goût exact du sel et des groseilles, le moindre craquement de la maison les fait frémir.

 

Elles tutoient l’ombre, se font des traînes avec la leur.

 

Elles vivent le monde par leurs sens, quand les petits garçons le vivent déjà par la guerre.

 

(…)

 

Elles pressentent qu’il leur faudra très tôt rompre avec cette grâce incomparable de s’appartenir tout entières : très vite, le temps de trois gouttes de sang, la vie kidnappera leur corps, les prendra en otages.

 

Il leur faudra alors une force prodigieuse pour garder leur charme et résister aux complots chimiques que la vie ourdira contre elles : des complots d’hormones et des complots maternels, des traquenards de femmes et de cycles lunaires, et toute la garde des mères et belles-mères, les rayons de beaux magasins et les pages des faux contes de fées.

 

Contre la mort, on leur parlera de leur ventre, de princes et de poupées.

 

Mais il y a des petites filles qui se préfèrent enceintes de leurs rêves, et je me rappelle très bien combien je détestais les poupées.*

 

Hélène Grimaud

Leçons particulières

 

Hélène Grimaud, née à Aix-en-Provence le 7 novembre 1969, est une pianiste française

Pianiste de renommée internationale, Hélène Grimaud confie avoir abordé le piano précocement : 'Jouer m'a paru parfaitement naturel, un prolongement de mon être.' Une sensation qu'elle n'est pas seule à ressentir puisque très tôt, ses tentatives sont encouragées par les plus grands. A 13 ans, elle est reçue première à l'unanimité au conservatoire de Paris. Elève de Jacques Rouvier, elle enregistre son premier disque alors qu'elle n'a que quinze ans, et le dédie à Rachmaninov - pianiste célèbre pour la difficulté de ses compositions. Hélène Grimaud quitte le conservatoire avant la fin de sa formation : une décision qui ne l'empêche pas de passer les concours internationaux et de s'envoler pour les Etats-Unis, territoire d'un ailleurs dont elle est en quête depuis l'enfance, et terre de rencontre avec Alawa, louve qui déclenchera une véritable passion pour ces animaux. Comme elle le raconte dans son livre 'Variations sauvages', elle se partage entre le piano et les loups, deux passions complémentaires qu'elle cultive depuis des années. Hélène Grimaud doit sa célébrité, entre autres, à ses fabuleuses interprétations de Brahms, de Rachmaninov, ou de Bach, à qui elle consacre un album en 2008, mais surtout à sa virtuosité.

 

 

  
Découvrez Hélène Grimaud!

April 24

Philippe Claudel -

 

 

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Je serai toujours là

Tout près de Toi

Tout contre Toi

C'est moi alors qui te dirai

En t'embrassant dans le creux de l'oreille

Les mondes et les merveilles

Les lunes et les soleils

Te dire qu'il nous restera

A Toi, à moi

Mille choses à faire

Mille choses à dire

Mille jeux de l'oie

Mille mois de mai

(...)

Rien ne changera

Promets, promets-le moi

La vie c'est une belle histoire

Une histoire de sucre

Un vrai conte de miel

Avec des rêves

(...)

Lorsque tu me regardes

Qu'est-ce que tu vois ?

Te vois-tu Toi

Ou ne vois-tu que moi ?

 

 Philippe Claudel

Le Monde sans les enfants

 

 

Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle),.
Philippe Claudel est agrégé de français et a consacré une thèse à André Hardellet. Il est maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.
Philippe Claudel a également été professeur en prison, il raconte ses souvenirs dans Le bruit des Trousseaux
Il a été le parrain du 16e Festival du Premier roman, à Chambéry, en 2003.

Très attaché à la Lorraine, il a présidé le prix Erckmann-Chatrian de 2003 à 2006.

 

 

April 16

Diane Lichy- Corps à corps

.

Pudeur

 

Corps à corps

 

Tu as semé en moi le désir

Au rythme des saisons.

 

Tes baisers réveillent mon corps,

Avec la douceur d’un soleil tendre

Qui entre sur la pointe des pieds

Au printemps

Et caresserait la terre

Jusqu’à l’embrasser entière.

 

Comme des nuages vagabonds

Sur un étang,

Ainsi, tes mains aventurières,

Pérégrinent sur mon corps

Jusqu’à jeter l’ancre dans mon port secret.

 

Infiniment arrêtés.

 

Plaisir retardé,

Sous l’éblouissement de l’été.

Comme le brouillard

Tu me pénètres,

Avec la ténacité du vent

Lançant un voltigement de feuilles mortes

En automne.

 

Tu es de feu.

Avec une ardeur de luciole

Je me livre à ton bûcher.

Comme une braise

Tu m’allumes

Jusqu’à devenir une étincelle qui trouble

Les entrailles de l’hiver.

 

Toi dans toutes les saisons de la peau.

 

Le temps

Est resté prisonnier

Entre les draps

Et il ne trouve pas la sortie,

Dans ce désordre de caresses.

 

Diana Lichy

 

 

.

Diana LICHY est née à Caracas, Venezuela, le 31 août 1960. Elle vit à Paris depuis 1993. Elle partage l’écriture avec le cinéma, à travers l’écriture de scénarios, la production ou l’organisation des Festivals. Elle a publié les recueils de poésie suivants : « En los extremos confines de tu cuerpo », PEN CLUB, Venezuela, 1989, « Solasombro », Gobernación de Bolívar, 1993, « Solitario oficio de horas desnudas », FUNDARTE, Caracas, 1993, « Sortilegios », poèmes, FUNDARTE, Caracas, 1996, « Sortilegios/Sortileges », Éditions Indigo, Paris 1998. En 2000, elle fait partie de l’anthologie « Palabras de Mujer », Mexico. Elle a publié une « Anthologie de la poésie vénézuélienne du XXème siècle », Éditions Patiño, Genève 2002. Elle a obtenu le prix International de Poésie « Le Courrier de l’Orénoque » en 1994, le prix « Fundarte » de Poésie 1993 à « Solitario oficio de horas desnudas »,
April 08

Philippe Besson

 

 

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C’est un territoire fragile,

quelques centimètres carrés de chair,

là où les veines affleurent et serpentent tel l’affluent minuscule d’une rivière bleutée,

où la peau parait si fine, si vulnérable,

où chaque mouvement porte au gémissement.

 

C’est un triangle, celui que forme le creux de tes hanches avec le sommet de ton pubis.

Je dis « triangle » pour faire simple, mais c’est un espace géométrique plus complexe qu’il n’en a l’air, assez facile à délimiter mais plutôt délicat à raconter

C’est le lieu de la plus grande douceur, celui qui m’émeut le plus, me fait perdre mes moyens.

C’est la zone du danger, entre le nombril et le sexe, entre la pudeur et l’impudeur.

C’est la scène du crime.

 

J’y dépose des baisers quand l’amour se  fait.

J’y respire ton odeur.

J’y enfouis mon visage.

Et puis, quand l’amour s’achève, j’y repose ma tête, les yeux grands ouverts, écoutant l’étrange gazouillis de ton ventre, me laissant envahir par les spasmes de ton être intérieur. Impossible d’échapper à ce rituel, moi qui ne les aime guère. Impossible de me soustraire à cette fascination, jamais démentie.

 

A chaque fois, tu souris de me voir si démuni, si émerveillé.

Tu caresses mes cheveux.

Je finis par fermer les yeux.

Je pars vagabonder.

.Philippe Besson

 

 

Philippe Besson est un homme d'affaire et un écrivain français, né à Barbezieux-Saint-Hilaire le 29 janvier 1967.

Fils d'un instituteur et d'une mère clerc de notaire, Philippe Besson est diplômé de l'École supérieure de commerce de Rouen et titulaire d'un DESS de droit. En 1989, il s'installe à Paris où il exerce une profession de juriste et enseigne le droit social. Pendant près de 6 ans, il sera le bras droit de Laurence Parisot, en tant que DRH puis secrétaire-général de l'Institut français d'opinion publique. Par la suite, il sera DRH de Club Internet.

En 1999, la lecture de récits d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale, l'incite à écrire son premier roman : En l'absence des hommes[1]. Ce premier ouvrage est publié en 2001 par les éditions Julliard. Le roman, qui met en scène le personnage de Marcel Proust, est récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. La même année, en août 2001, Philippe Besson publie Son frère qui sera retenu pour la sélection du Prix Femina. L'adaptation cinématographique qu'en fera Patrice Chéreau en 2003, recevra l'Ours d'argent au festival de Berlin.

L'Arrière-saison, roman publié en 2002, est récompensé par le Grand Prix RTL-Lire 2003, année où paraît Un garçon d'Italie qui se voit sélectionné pour les Prix Goncourt et Médicis. Conforté par l'intérêt que suscitent ses ouvrages, Philippe Besson décide alors de se consacrer exclusivement à l'écriture.

Édité en 2004, son 5e roman, Les Jours fragiles — centré sur les derniers jours d'Athur Rimbaud—, retient l'attention du cinéaste François Dupeyron Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, pour une éventuelle adaptation au cinéma.

Philippe Besson revendique une filiation proustienne, bien que son style l'en éloigne, tout comme il avoue son admiration pour Martin Page, Marguerite Duras et Arthur Rimbaud. Son écriture, centrée sur le relationnel et les sentiments de ses personnages, dévoile un intérêt particulier pour le thème de l'agonie, et la chimie difficile des relations humaines.

April 02

Suzanne Scheinert-Servais- Naufrage

 

 

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Naufrage

 

Personne n’a frappé à ma porte aujourd’hui
Semblable au ressac, je me heurte à moi-même,
Au cri né de toi et qui se perd en moi,
J’oppose le poids des soupirs du vent,
Ténébrante nuit qu’une bulle illumine,
Voici l’heure où s’accouplent les saturnies,
Et j’ai à les entendre l’âme ouverte.
Une odeur d’algue traîne sur ma blessure,
L’océan brame, les natures s’entrechoquent.
Sur l’aussière tranchée, je descelle les liquides.
Esclave de l’eau, l’écume rejoint le feu que le marin devant la mort consigne.

Suzanne Scheinert-Servais

 

 

 
Découvrez Les Tambours du Bronx!

 

March 24

Andre Mage De Fiefmelin

 

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,

Où la guerre, la paix, l'amour, la haine, l'ire,

La liesse, l'ennui, le plaisir, le martyre

Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

 

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous

Sous habits déguisés à malfaire et médire.

L'un commande en tyran, l'autre, humble, au joug soupire ;

L'un est bas, l'autre haut, l'un jugé, l'autre absous.

 

Qui s'éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,

Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne

Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

 

Bref, ce n'est qu'une farce, ou simple comédie

Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant

 

 

Andre Mage De Fiefmelin     

 

 

 

Né dans l’Île d’Oléron. Il ne bougea pas de ce pays, ni de la religion protestante. Sa vie pour le reste est mal connue (peut-être même s’appelait-il Antoine). Son œuvre poétique (1250 pages dans l’édition complète de 1601) n’a été redécouverte que récemment.

 

 

March 16

Albert Camus-La mer au plus près

 

 

 

 

Lacanau

 

Seuls aussi avec l’horizon.

Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une,
patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une.
Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…
La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure.
C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif.
J’épouse la mer…

…J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

 

Albert Camus,

La mer au plus près, journal de bord, 1953

 

 

March 10

Paul Eluard -Surgis

 

 

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Surgis d'une seule eau 

Comme une jeune fille seule 

Au milieu de ses robes nues 

Comme une jeune fille nue 

Au milieu des mains qui la prient 

Je te salue 

       

Je brûle d'une flamme nue 

Je brûle de ce qu'elle éclaire 

Surgis ma jeune revenante 

Dans tes bras une île inconnue 

Prendra la forme de ton corps 

Ma souriante 

    

Une île et la mer diminue 

L'espace n'aurait qu'un frisson 

Pour nous deux un seul horizon 

Crois- moi surgis cerne ma vue 

Donne la vie à tous mes rêves 

Ouvre les yeux

 

 

 
Découvrez Francis Cabrel!

March 02

La chanson du vitrier

 
 
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« A Jacques Prévert », Jean-Michel Folon, 1979

 
 
Comme c’est beau
ce qu’on peut voir comme ça
à travers le sable à travers le verre
à travers les carreaux
tenez regardez par exemple
comme c’est beau
ce bûcheron
là-bas au loin
qui abat un arbre
pour faire des planches
pour le menuisier
qui doit faire un grand lit
pour la petite marchande de fleurs
qui va se marier
avec l’allumeur de réverbères
qui allume tous les soirs les lumières
pour que le cordonnier puisse voir clair
en réparant les souliers du cireur
qui brosse ceux du rémouleur
qui affûte les ciseaux du coiffeur
qui coupe le ch’veu au marchand d’oiseaux
qui donne ses oiseaux à tout le monde
pour que tout le monde soit de bonne humeur.

(Jacques Prévert, Histoires et d’autres histoires, 1963)
February 02

Maurice Carême - Et si,pourtant,j'étais mouette

 

 

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Et si,pourtant,j'étais mouette,

Dieu sait ce que vous penseriez.

J'ai quelquefois du ciel en tête,

Mais pas d'ailes pour le gagner.

Pattes roses et plumes blanches,

Ah!vous en contenteriez-vous!

Je passerais ce long dimanche

Blotti au creux de vos genoux.

Je vous agacerais du bec,

Vous me caresseriez le cou

Et vous croiriez jouer avec

L'amour devenu oiseau fou.

Votre gorge se lèverait

Comme fait la brise marine.

D'autres mouettes passeraient

Criant comme des sauvagines.

Nous resterions à la fenêtre

Si surpris de n'avoir qu'un coeur

Que le soir nous prendrait peut-être

Pour des oiseaux venus d'ailleurs.

Maurice Carême.

 
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January 28

Francois Coppee -Ruines au coeur

 

 

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Ruines du coeur

.    

Mon coeur était jadis comme un palais romain,

Tout construit de granits choisis, de marbres rares.

Bientôt les passions, comme un flot de barbares,

L'envahirent, la hache ou la torche à la main.

 

Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.

Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.

Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;

Et les ronces avaient effacé le chemin.

 

Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.

Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,

Passèrent, et j'ai, là, vécu d'horribles jours ;

 

Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,

Et, bravement, afin de loger nos amours,

Des débris du palais j'ai bâti ma chaumière.

 

Francois Coppee  

 

Recueil : L'arrière-saison

 

 

François Édouard Joachim Coppée (né à Paris au 2, rue de l'Abbé Grégoire, le 26 janvier 1842, décédé à Paris au 12, rue Oudinot le 23 mai 1908) est un poète, dramaturge et romancier français.

 

Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète du souvenir d'une première rencontre amoureuse (« Septembre, au ciel léger »), de la nostalgie d'une autre existence (« Je suis un pâle enfant du vieux Paris ») ou de la beauté du crépuscule (« Le crépuscule est triste et doux ») il rencontra un grand succès populaire avant de tomber dans l'oubli.

 

En vers et en prose Coppée s’appliqua à exprimer l'émotion humaine de la façon la plus simple : le patriotisme instinctif, la joie d’un nouvel amour et la pitié envers les pauvres, traitant chacun de ces sujets avec sympathie et pénétration. La poésie lyrique et idyllique, grâce à laquelle on continuera à se souvenir de lui, est animée par un charme musical et à quelques occasions, comme La Bénédiction et La Grève des forgerons, montre par moments un puissant pouvoir d'expression.

 

 

January 21

Marguerite Duras-Hisroshima mon amour

 

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Je te rencontre.

Je me souviens de Toi.

Cette ville était faite à la taille de l'Amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.

Qui es-tu ?

Tu me tues.

J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir.

Depuis toujours.

Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.

Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.

Dévore-moi.

Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi,

ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon Amour.

La nuit ne va pas finir.

Le jour ne se lèvera plus pour personne.

Jamais. Jamais plus. Enfin.

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.

Nous n'aurons plus rien d'autre à faire,

plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passera. Du temps seulement.

Et du temps va venir.

Du temps viendra.

Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.

Le nom s'en effacera peu à peu de notre mémoire.

Puis, il disparaîtra tout à fait.

 

M.Duras

Hiroshima mon amour

*

 

 

 

 

 
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January 11

Grand Corps Malade -"Les voyages en train"

 

 

 

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Je crois que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train –
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un –
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare –
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard
Les trains démarrent souvent au moment où on s'y attend le moins
Et l'histoire d'amour t'emporte sous l'oeil impuissant des témoins
Les témoins, c'est tes potes qui te disent au revoir sur le quai –
Ils regardent le train s'éloigner avec un sourire inquiet
Toi aussi tu leur fais signe et t'imagines leurs commentaires-
Certains pensent que tu te plantes et que t'as pas les pieds sur terre –
Chacun y va de son pronostic sur la durée du voyage
Pour la plupart, le train va dérailler dès le premier orage
Le grand amour change forcément ton comportement –
Dès le premier jour, faut bien choisir ton compartiment –
Siège couloir ou contre la vitre, il faut trouver fa bonne place –
Tu choisis quoi : une love story de première ou de seconde classe –
Dans les premiers kilomètres, tu n'as d'yeux que pour son visage
Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages
Tu te sens vivant, tu te sens léger et tu ne vois pas passer l'heure
T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur –
Mais la magie ne dure qu'un temps et ton histoire bat de l'aile
Toi tu dis que tu n'y es pour rien c'est sa faute à elle –
Le ronronnement du train te saoule et chaque virage t'écœure
Faut que tu te lèves, que tu marches, tu vas te dégourdir le cœur-
Et le train ralentit, c'est déjà la fin de ton histoire
En plus t'es comme un con, tes potes sont restés à l'autre gare –
Tu dis au revoir à celle que t'appelleras désormais ton ex
Dans son agenda, sur ton nom, elle va passer un coup de T-Pex
C'est vrai que les histoires d'amour, c'est comme les voyages en train
Et quand je vois tous ces voyageurs, parfois j'aimerais en être un
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare –
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard
Pour beaucoup, la vie se résume à essayer de monter dans le train –
A connaître ce qu'est l'amour et se découvrir plein d'entrain
Pour beaucoup l'objectif est d'arriver à la bonne heure
Pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur
Il est facile de prendre un train, encore faut-il prendre le bon
Moi je suis monté dans 2-3 rames mais c'était pas le bon wagon
Car les trains sont capricieux et certains sont inaccessibles
Et je ne crois pas tout le temps qu' « avec la SNCF, c'est possible » -
Il y a ceux pour qui les trains sont toujours en grève –
Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves
Et y'a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention –
Mais forcément ils descendront déçus à la prochaine station
Y'a celles qui flippent de s'engager parce qu'elles sont trop émotives
Pour elles c'est trop risqué de s'accrocher à la locomotive –
Et y a les aventuriers qu'enchaînent voyage sur voyage
Dès qu'une histoire est terminée, ils attaquent une autre page –
Moi, après mon seul vrai voyage, j'ai souffert pendant des mois
On s'est quitté d'un commun accord... mais elle était plus d'accord que moi –
Depuis je traîne sur le quai et je regarde les trains au départ
Y'a des portes qui s'ouvrent mais dans une gare, je me sens à part
II paraît que les voyages en train finissent mal en général
Si pour toi c'est le cas, accroche-toi et garde le moral –
Car une chose est certaine, il y aura toujours un terminus
Maintenant, tu es prévenu, la prochaine fois, tu prendras le bus.

"Les voyages en train"

Grand Corps Malade

 

 

 
Découvrez Grand Corps Malade!

 

 

January 04

Albert Lozeau -Nocturnes

 
 
 
 

Nocturnes

I

Le vent mélodieux chante dans les pins sombres
Dont les larges bras noirs bougent parmi les ombres
Le ciel s'est étoilé lentement. La forêt
Voit mille yeux bleus s'ouvrir sur son dôme discret,
Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune,
Luire de fins rayons et des flaques de lune.
Parfois vibre un bruit d'aile, et furtif, égaré,
Un oiseau somnambule apparaît, effaré.
Le soir tendre en chantant, doux comme une âme blanche
Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche.
C'est grand comme la nuit et frais comme elle encor.
Et je songe à Vigny, quand éclate le cor !

II

La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves,
De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves,
Qui s'élèvent aux clairs de lune familiers
Comme les papillons nocturnes par milliers.
Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines,
Ils montent incertains vers les lueurs sereines
Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt
Les joignent, qui s'en vont se perdre aussi là-haut...
Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime,
Car il sait que le coeur souvent le plus sublime
Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé
Sa force, et qu'il mourrait s'il en était privé.

III

La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune.
Elle ne charmera pas cette nuit le faune
Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus.
Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus.
Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres,
À sa clarté n'auront que des songes funèbres.
Ah ! Madame la Lune, avec vos traits flétris
Vous ne réjouirez que les chauves-souris !
Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme
Une influence heureuse, et, durant son long somme,
Pour changer le plomb noir qui l'avilit encor,
Voudrez-vous lui verser au coeur des rayons d'or...

 

Albert LOZEAU

 

Albert Lozeau (1878 - 1924) était un poète québécois.

Né à Montréal, il étudie à l'Académie Saint-Jean-Baptiste. À l'âge de dix-huit ans, il est paralysé, ce qui lui permet de développer ses talents littéraires.

Émotif, solitaire et nostalgique, il écrit des vers mélancoliques sur la nature, ce qui lui vaudra d'être inclus dans la littérature du terroir. Il était membre de l'École littéraire de Montréal.

Décédé en 1924, il a été réédité par Pierre Nepveu en 2002.

 

 

December 22

Cécile Sauvage - Je t'ai écrit au clair de lune

 

4

 

Je t'ai écrit au clair de lune

 

Je t'ai écrit au clair de lune

Sur la petite table ovale,

D'une écriture toute pâle,

Mots tremblés, à peine irisés

Et qui dessinent des baisers.

Car je veux pour toi des baisers

Muets comme l'ombre et légers

Et qu'il y ait le clair de lune

Et le bruit des branches penchées

Sur cette page détachée.

 

Cecile Sauvage      

 

 

 

 

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December 14

Anatole Le Braz - Au lavoir de Keranglaz

 

 

 

Lavoirs de vannes

 

Au lavoir de Keranglaz

.

L'étang mire des fronts de jeunes lavandières.

Les langues vont jasant au rythme des battoirs,

Et, sur les coteaux gris, étoilés de bruyères,

Le linge blanc s'empourpre à la rougeur des soirs.

 

Au loin, fument des toits, sous les vertes ramées,

Et, droites, dans le ciel, s'élèvent les fumées.

 

Tout proche est le manoir de Keranglaz, vêtu

D'ardoise, tel qu'un preux en sa cotte de maille,

Et des logis de pauvre, aux coiffures de paille,

Se prosternent autour de son pignon pointu.

 

Or, par les sentiers, vient une fille, si svelte

Qu'une tige de blé la prendrait pour sa soeur ;

C'est la dernière enfant d'un patriarche celte,

Et sa beauté pensive est faite de douceur.

 

Elle descend, du pas étrange des statues,

Et, soudain, au lavoir, les langues se sont tues.

 

L'eau même qui susurre au penchant du chemin

Se tait, sous ses pieds nus qui se heurtent aux pierres,

On voit courir des pleurs au long de ses paupières,

Et sa quenouille pend, inerte, de sa main...

 

L'étang mire, joyeux, des fronts de lavandières,

Et sait pourtant quel deuil ils porteront demain !...

 

 

 

Anatole Le Braz

Recueil : Poèmes votifs

 

Anatole Le Braz (de son véritable nom Anatole Le Bras)(2 avril 1859- 20 mars 1926), est un écrivain.

 

Anatole Le Braz est né à Saint-Servais (Côtes-d'Armor). Il est interne au lycée de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), établissement qui porte aujourd'hui son nom, alors que son père instituteur exerce sa fonction en différentes écoles de Bretagne. Enfant, il passe ses vacances dans le Trégor, qui a beaucoup inspiré son œuvre.

 

Il prépare une licence de lettres à Paris et une agrégation de philosophie qu'il ne termine pas pour raisons de santé. Cela ne l'empêche pas d'obtenir en 1886 un poste de professeur de lettres au lycée de Quimper, nomination qui déclenche sa vocation littéraire.

 

À Quimper avec François-Marie Luzel, il collecte des chansons populaires bretonnes qu'ils publieront sous le titre Soniou. Il réalisera par le suite des enquêtes auprès des paysans et des marins de Bretagne, récoltant chansons, contes et légendes populaires. À la suite de ses travaux, il publie notamment La Légende de la mort, Les Saints bretons d'après la tradition populaire et Au Pays des pardons. C'est lui qui gardera et publiera partiellement les manuscrits de Jean-Marie Déguignet.

 

En août 1898, il est président de l'Union régionaliste bretonne créée à Morlaix à la suite de fêtes bretonnes. Il rejoint en 1899 l'Association des bleus de Bretagne.

 

Il passe ensuite maître de conférence puis professeur à la faculté des Lettres de Rennes entre 1901 et 1924. Ses travaux portent sur la Bretagne, le romantisme et sur le théâtre celtique, sujet de sa thèse en 1904. Il est également chargé de mission d'enseignement en Suisse et aux États-Unis.

 

 

 
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